Un demi, siouplait!

Michèle courant sur des trottoirs flissants
Les trottoirs glissants…

Ça faisait trois ans que je n’avais pas couru 21.1 kilomètres… eh bien, ce fut chose virtuelle faite ce lundi, jour férié en Ontario (congé de la famille). Merci!

Et c’était pour le Hypothermic Half , en course virtuelle. Je m’y étais inscrite en retard, mais j’avais jusqu’à la fin du mois de février pour le courir. Hélas, le mauvais temps m’a fait repousser de deux jours. J’avais prévu courir dans mon quartier samedi, mais une grosse tempête de neige peu déblayée, puis les sautes d’humeur de la météo qui passe du très froid au fondant (et la ville qui n’avait pas déblayé ma rue) m’ont convaincue de repousser cette échéance.

De ma fenêtre, je regardais avec inquiétude ma rue couverte de « corduroys » de glace et de sloche, pire encore pour mes souliers de course. Parce que courir avec les pieds mouillés, ça passe en été, mais pas en base de 0 degrés!

Enfin, lundi à 10h30 AM par moins 2 C, jugeant que le soleil aurait dégagé ma route, j’en file mon beau ensemble de course vert et me lance. Après avoir prévenu mes hommes qui sont retournés jouer à l’ordi. J’ai aussi lancé que ça me prendre au moins deux heures quarante-cinq.

Les deux premiers kilomètres ont été une adaptation, et de fréquents changements de cap car oh, horreur, le dégagement des trottoirs variait selon les voisins, de parfaite sec à patinoire irrégulière, à patinoire invisible (zzzoup!) et à grosse flaque d’eau (glace exposée au soleil juste à côté de la patinoire invisible).

Les accidents arrivent toujours aux gens pressés! Michèle Laframboise glissant sur un trottoir mouillé
Un danger réel en toute saison!

Au cours de l’heure suivante, je choisis une grande artère où les trottoirs bénéficiaient de la munificence municipale pour le dégagement. Hélas, les deux bandes de neige glacées et noircies sur chaque côté, elles, ont bien apprécié le soleil, et transformé ma piste de course en peau de zèbre, les filets d’eau et plages sèches s’alternant. Ce qui me force à sauter souvent, ou à contourner, où bien à –ô horreur– courir DANS LA RUE à contre sens.

Tiens, justement, alors que je cours sur une surface parfaite, profitant de l’absence de complète de circulation, voilà-t-y pas un autobus qui apparaît sur l’horizon, suivant l’horaire de jour férié. Il est encore à 1 km, mais il roule, promettant un face-à-parebrise douloureux!

Les petits objets qui semblent tomber de mes mains sont des masques jetés par des passants…

En été, un petit bond de côté suffirait à me mettre en sécurité sur le trottoir. Hélas, un long saucisson de neige dégueu de trois pieds de hauteur empêche cette habile manœuvre. Je me mets donc à courir plus vite, vite! Je ne sauterai dans la masse amorphe de neige noire et mouillée qu’en cas de dernier recours!

Enfin, j’atteins le coin libre d’encombrement bien avant l’autobus, qui avait quand même avancé de 500 m. Je me promets ensuite de rester dans les petites rues résidentielles pleines de glace en cours de fonte, de sloche et de mares.

Au 10e kilomètre, mes genoux, qui étaient habitués à mes courses de 5 km, se sont aperçus qu’on (on=le cerveau fumant de Michèle) leur en demandait un peu trop et on protesté avec diplomatie. C’est à dire, avec un peu de tiraillement du muscle au-dessus de la rotule.

Puis, au 12e kilomètre, un besoin naturel me force à re passer par la maison, où je m’aperçois que ce n’était pas clair pour le mari qui se préparait a faire des crêpes pour le dîner. Oupse! Il m’en reste encore neuf à tirer! Bref, je perds au moins 5 minutes car, comme dans les vraies courses, on n’arrête pas le temps.

Enfin. Au moment de repasser le seuil, oh, re-horreur, je vois que ma fidèle Garmin, elle, a décidé que 5 minutes c’était trop, ou bien j’ai dû peser sur un piton que j’aurais pas dû). Bref, à 12.39 km. Tant pis, je repars immédiatement une nouvelle course enregistrée.

Mes jambes me suivent sans trop de problème jusqu’au kilomètres 15 (en fait, le 3e kilomètre du deuxième segment) où je décide de profiter du grrrrrrrand stationnement du centre d’achats vide à cause du jour férié. Seul le dépanneur 24 h est ouvert.

Douleur dans le gros stationnement vide!

Et là, les jambes suivent, mais les cuisses se joignent aux genoux pour ralentir. Je tente quand même de forcer l’allure, mon petit cœur m’envoie une couple de discrets poutoums. Et comme tous les contes et la sagesse populaire disent qu’il faut toujours écouter son cœur, ben je ralentis, et alterne un peu de marche -course.

Là je me sens assez bien pour retenter la grande artère si bien déneigée. Mais, oh, voila un autobus qui se profile à l’horizon… vite, demi-tour dans les petites rues! La vigilance s’impose, car même sur les petites rues, des véhicules surgissent! Heureusement que je n’écoute pas ma musique trop forte…

Dans toutes mes longues courses, ce sont les deux derniers kilomètres qui sont les plus durs. Sur les 42 km d’un marathon, j’avais souffert. Eh bien les 2 derniers kilomètres du demi-marathon, ce fut moins souffrant, mais j’avais vraiment hâte de finir!

Mon temps, pour les curieux: calculé avec mes deux parcours pour un total de 21.40 km en 2h41, et ramené par règle des trois à 2h39 pour 21.1 km. Assez bas dans ma tranche d’âges, surtout en tenant compte du terrain peu amical. Mais c’est ça le Hypothermic Half!

Et qu’est-ce que je reçois par la poste au lendemain de la dite course?

Ma médaille et mon numéro de dossard!

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La médaille du Hypothermic Half. Et ce petit Yéti se déplace!
La médaille du Hypothermic Half. Et ce petit Yéti se déplace!

TL;DR: 2h39min pour 21.1 km, sur un terrain peu amical. La vigilance s’imposait!

Mes paliers de concentration

(Bon, là il manque les bonbonnes d’air pis mon ordi, mais c’est à peu près l’idée)

Ceux et celles qui font de la plongée sous-marine (où qui ont, comme moi, regardé les documentaires du capitaine Cousteau quand ils étaient jeunes) savent qu’avant de remonter en surface, il faut faire des arrêts obligatoires pour permettre aux molécules d’azote de quitter les tissus dans lesquels elles s’étaient réfugiées en haute pression, pour retourner dans l’air expiré.

Sinon, l’azote peut décider de revirer en gaz pendant qu’il loge encore dans nos veines et nos cellules, et ‘c’est pas beau tout de suite’. Les accidents de décompression sont aussi dangereux que leur inverse, l’ivresse des profondeurs (la narcose de l’azote) qui se développe sournoisement quand on reste trop longtemps à 100 pieds de profondeur.

Plonger en eau profonde

Pour moi, écrire, c’est comme plonger en eau profonde.

Sauf que mes paliers de décompression sont en sens inverse ! Ça me prend du temps pour atteindre le niveau de concentration pour pénétrer dans une histoire. Des paliers de ‘compression’ ou de concentration….

Mon premier palier prend environ 45 minutes à une heure. je repasse sur ce que j.ai écrit la veille pour me remettre en tête l’histoire et son atmosphère, je vérifie des notions, des lieux, etc… Si j’écris 100 mots, c’est normal.

Au deuxième palier, qui me prend une heure, j’entre dans l’histoire, et je fais du 300-400 mots à l’heure.

Au troisième palier, tout devient magique: mes doigts épousent le clavier et les idées se transmutent en mots sans que j’ai à m’arrêter. J’ai l’impression que l’histoire s’écrit toute seule, et j’approche de 600-800 mots à l’heure.

Si je ne suis pas interrompue, j’atteins mon quatrième palier de concentration: l’histoire déboule comme une avalanche dans ma tête, les doigts et les mots roulent comme des billes. C’est le paradis. Je défonce les 1000 mots à l’heure. Souvent, c’est le soir que j’atteins ce palier, quand j’ai une tombée qui se rapproche.

MAIS… je descends rarement à ce 4e palier.

Ah, si mes paliers étaient aussi simples ! (Photo de Francesco Ungaro sur Pexels.com )

Les interruptions!

Par contre, pour remonter en surface, pas besoin de paliers.

Dès que mon mari enthousiaste vient me parler d’un truc qu’il a vu sur internet ou entendu à la radio, pouf! remontée immédiate. Si l’interruption dure moins d’une ou deux minutes, et que je n’ai pas à répondre à des questions, je peux replonger et traverser mes paliers de ‘concentration’ assez rapidement.

Hélas, c’est rarement le cas.

Surtout qu’une autre condition favorise mon retour rapide en profondeur: l’assurance que je ne serai PAS à nouveau dérangée dans les prochaines minutes !

Donc, il s’est passé 5 ou 10 minutes qui ont mangé ma concentration. Et, quand l’interruption achève, je dois replonger et refaire mes paliers. Et, souvent, à peine replongée, évidemment, c’est déjà l’heure du souper…

Confession

J’ai écrit cet article à partir d’un autre mésaventure littéraire: je taponnais joyeusement sur une super-histoire de science fiction qui se déroule en Antarctique, pom-pom-pom… quand d’un coup, un détail scientifique erroné me saute aux yeux. Ciel! Ai-je bien calculé la position du soleil sous l’horizon lors de la nuit polaire australe?

Remonte en surface, ouvre Internet, vérifie l’info, se laisse dériver sur les sites de Wikipédia, puis le site de la station Scott-Amundsen, s’amuse à regarder la web cam (il fait froid ici mais pas autant que là-bas) bref… Je perds du temps et intérieurement ça m’agace.

Et puis, voilà que je me torture: devrais-je changer ce paragraphe explicatif pour le placer plus près du début? Mais j’écris tricoté tellement serré que déplacer un paragraphe ou un mot exige de réécrire plusieurs autres. Et aussi, je reste en surface à jongler avec ces paragraphes!

Finalement, je suis allée prendre une marche pour me dégager les idées, en me disant qu’ici, c’est plus chaud qu’au pôle sud…

A la poursuite des planètes

Une aventure de Michèle l’astronome enthousiaste !

Par un beau matin de presque solstice d’hiver, de sa fenêtre qui donne vers l’est, MICHÈLE aperçoit, Ô joie, une étoile brillante, solitaire.

MICHÈLE : Gilles, Gilles! Je pense que c’est Vénus, là…

GILLES : (rien)

Pas de gnegnegne…

MICHÈLE se retourne et aperçoit le lit vide.

En effet, le mari se lève plus tôt qu’elle pour jouer à des MMORPG à son ordi, et que son tour de jouer avec des individus aux quatre coins* de la planète arrive invariablement à 6h15 AM.

Mais que cela ne tienne, la passion enflamme MICHÈLE qui descend les escaliers. Vite, vite, elle descend au premier pour y prendre le télescope, son logo La maisons de l’Astronomie bien visible sur son flanc immaculé. Elle le remonte par les escaliers et l’installe devant la grande fenêtre.

Il s’agit techniquement d’une lunette astronomique Maksutov LMDA 70 AZ2 et non d’un télescope, car pas de miroir au fond qui réfléchit la lumière. Le LDMA fonctionne par une lentille qui concentre les rayons vers l’objectif. Mais Michèle appelle tout ça des télescopes, donc.  

Découvre que la petite lunette de visée qui s’appelle un chercheur (un nom exact, car Michèle cherche beaucoup avec, sans rien trouver) est dysfonctionnelle et ne pointe pas sur le point lumineux. Car deux petites vis spéciales pour solidifier sa position manquent, perdues depuis des années. Il n’en reste qu’une bien démunie, snif !

MICHÈLE  Zigonne, zigonne avec la roulette d’ajustement fin du télescope.

Puis, la patience n’étant pas dans son azur (mille excuses à Hubert Reeves pur ce jeu de mots) surtout que le ciel commence à pâlir, elle recours à la solution nucléaire.

Empoigne le télescope et le déplace approximativement, un œil collé sur l’oculaire. Zoum! Un éclair blanc traverse le champ de vision. Notre astronome amateure s’apercoit qu’elle n’a pas ajusté la focale.

MICHÈLE zigonne à nouveau avec les roulettes, puis déchante : son étoile n’est plus visible! Parce que, à l’est, notre grosse étoile, d’une magnitude de — 22, a effacé du ciel toutes les autres.**

MICHÈLE : Grooogne!

Mais elle laisse le télescope et rebouche le tube se disant qu’elle se reprendrait le lendemain.

Michèle qui tape, tape, tape ses histoires qu'elle croit originales...
PETIT SAUT TEMPOREL :
Une longue journée d’écriture et de plein d’autres activités plus tard

Arrive le soir. MICHÈLE sort pour finir ses pas (car elle s’est fixé un objectif de pas par jour) et regarde, dans le ciel étoilé à l’ouest, juste au-dessus de la maison basse des voisins, non pas un, mais DEUX beaux points lumineux.

MICHÈLE : Chouette, ça doit être Jupiter!

Court vers la maison. Apercoit, dans la fenêtre éclairée de leur chambre (qui ouvre vers l’est, rappel) la silhouette du télescope.

MICHÈLE : Bof, je vais prendre mes Célestron 15×70.

Les jumelles sont rangées au premier étage près de la porte. Toutefois, Michèle se souvient que les jumelles 15×70 sont lourdes et les tenir à bout de bras est fatiguant. Alors, notre astronome enthousiaste monte les marche pour aller chercher le trépied des Célestron, dans la chambre.

Il est maintenant neuf heures. Elle passe plusieurs maisons pour voir le point très lumineux qui ne l’attend pas bien sûr, et descend toujours vers l’horizon. MICHÈLE déploie les pattes du trépied sur le trottoir devant un gazon illuminé de petits rennes, de cannes à sucre géantes et de cadeaux, toute en rouges et blancs.

Elle ajuste les Célestron qui commencent à montrer leur âge vénérable car en y collant les yeux, elle en voit deux planètes pour le prix d’une.

MICHÈLE : Grogne! Finalement, le point très lumineux qui descend vers l’horizon (en fait, le toit de la maison voisine) n’est PAS Jupiter. Elle monte la hauteur des jumelles pour voir l’autre planète sans se contorsionner, et découvre deux Jupiters avec six satellites (rappel, dédoublage de l’image).

Ce faisant elle aperçoit par la fenêtre de sa chambre la silhouette du télescope qui lui fait de l’œil.

Calcule si elle a le temps d’aller le chercher, de le descendre par les escaliers, de le sortir avec ses grandes pattes par la porte d’en avant… avant que l’étoile mystérieuse disparaisse.

MICHÈLE pense à son bon papa qui l’a initié aux joies télescopiques.

Et se lance dans un élan d’héroisme, empoignant les pattes du trépied du Célestron. Par chance, aucun voisin n’est dehors par 3 degrés C pour la voir s’énerver avec la porte d’en avant.

Couche les Célestron sur le divan, court au deuxième, attrape le Maison de l’Astronomie à focale de 700mm. S’arrête pour considérer un problème: le support du télescope a trois pattes rigides en pleine extension, traçant donc dans l’air une encombrante pyramide. Surtout que le plateau triangulaire tient ces pattes bien écartées!

Mais MICHÈLE n’a pas envie de les raccourcir une par une, puis de les rallonger une fois en position. Ben trop long. Donc, elle prend son courage et son télescope à deux mains et s’aventure dans les escaliers, accrochant toutes les petits barreaux de métal cheap sous la rampe. Puis la bibliothèque en face de l’escalier, installée dans le lieu le plus passant de la maison (don’t ask me why. Don’t.)

Manœuvre délicate : négocier la porte d’en avant en tournant et détournant les trois grandes pattes du télescope, sans laisser sortir notre chatte trois couleurs qui ne demande que de s’échapper de cette maison de fous. Ça passe, enfin!

Puis MICHÈLE, riant comme une savante folle fière de son coup, galope vers le point d’observation idéal près des rennes et des cannes à sucre géantes devant un voisin (non elles ne sont pas dans le dessin!). Établit les pa-pattes, tap-tap-tap sur le trottoir miraculeusement libre de toute neige ou glace (vu que la veille il faisait 16 degrés Celsius et que tout a fondu.)

Elle lâche un gros mot quand un petit couvercle s’échappe et roule dans le gazon festonné de petites bêtes lumineuses. Se penche, et finit par le trouver. Revient. Regarde par la lunette de visée qui ne s’est toujours pas améliorée.

Note la lumière de la demi-lune. Pointe dessus au jugé. Ajuste à nouveau la focale. Enfin, note la position de la cible, à 5h par rapport au centre du réticule.

Zoom, soulève les pattes pour les placer vers la mystérieuse étoile brillante. Et enfin, joie! Découvre un croissant… Or, il n’y a qu’un croissant dans le ciel à part la lune (qui était à son premier quartier), et c’est donc Vénus!

Petit moment d’émotion en regardant le sourire nimbé d’arc-en-ciel à cause de la limite de résolution. Snif.

MICHÈLE tourne le télescope vers la seconde planète, Jupiter, dont les bandes sont visibles, deux satellites à gauche un à droite. Elle pourrait les nommer à cause des distances relatives (Io la plus proche, Europe, Ganymède, Callisto la plus éloignée). Puis les bandes se brouillent à cause de l’émotion, ses yeux se mouillent à la pensée de cette activité qui l’unit à son bon papa.

*Fin*

Histoire de me pardonner d’avoir raté les quandrantides d’avant-hier, voici un petit tableau des satellites galiléens (découverts en janvier 1610 par Galilée avec une lunette minable par rapport à mes jumelles Célestron). Les distances sont grossièrement arrondies, si vous cherchez les chiffres au micron près, allez voir Wikipedia!

SatelliteOrbiteCommentaires
Io422 000 kmLe plus difficile à voir, presque collé sur Jupiter, à une distance similaire à celle entre la Lune et la Terre (384 000 km).
Europe670 000 kmSe voit bien, mais  passe souvent devant et derrière Jupiter. 
Ganymède1 million  kmLe plus gros satellite, 5000 km de diamètre, très facile à voir. J’ai d’ailleurs écrit une histoire qui s’y déroulait
Callisto1,8 million kmAussi facile à voir avec des jumelles
  • * Quatre coins de la planète: c’est à cause de cette expression que tant de gens pensent que la Terre est plate… Si on avait dit les huit coins de la planète, au moins elle serait cubique!
  • ** Oui, la magnitude du Soleil est bien de — 22 (moins vingt-deux)

Conte de Solstice

(photo: Adobe Stock / Martin)

Le paria

ou : les joies du décompte d’hiver avec Lady Byrd

L’air sous zéro chatouillait l’intérieur de mon nez alors que je respirais à travers le foulard de laine d’acrylique enroulé autour de mon cou. À travers mes oreillettes, je percevais le bruit de nombreuses bottes tapant la neige tassée et les murmures de manteaux de nylon se frottant les uns aux autres alors que les membres de notre groupe d’amateurs d’oiseaux se resserrait.

Ce réflexe ancestral ma rappela les images de buffles se tenant en un cercle protecteur autour de leurs petits.

La pire chose qui pouvait arriver était de ne pas avoir assez de couches de vêtements; l’observation exigeait de rester immobile pour une longue période. La jeune guide du Birding Adventure Excursions donnait l’exemple, enveloppée dans un anorak Canada Goose bleu pâle, ses jumelles pendant comme un papillon de métal sur son ample poitrine.

Étant une observatrice d’expérience, j’étais habituée aux conditions difficiles. De la jungle brésilienne étouffante aux plateaux de Patagonie, en passant par des centres-villes enfumés, des rivages marins, des marais de Floride, j’avais épié des oiseaux de toutes tailles et couleurs.

 Mais, depuis la perte de mon cher Paul, je partais rarement seule en excursion. Surtout en hiver. Trop de risques de glisser sur une plaque de glace et de me casser les os, ou de perdre conscience et mourir de froid.

Le décompte de Noël de la société Audubon coïncidait cette année-là avec le solstice d’hiver, et le symbolisme du retour de la lumière m’apportait une grande consolation.

Certes, je n’étais pas seule ni abandonnée : mon neveu m’avait invitée pour le réveillon de Noël et la plus aventureuse de mes nièces planifiait me visiter au jour de l’An. Mais je sentais la noirceur gagner sur le monde, et j’avais grand besoin de lumière. Pas question pour moi de paresser au lit pendant le jour le plus court de l’année.  

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Le lieu choisi pour le décompte, une bosse rocheuse dominant un champ en pente douce, nous offrait une vue sans encombre sur des kilomètres. Dans mon dos, une forêt mixte d’arbres feuillus et de conifères; devant moi, le grand rectangle immaculé d’un pâturage fréquenté en été par les vaches.

La navette qui avait déposé notre groupe près du sentier était repartie vers un endroit plus accueillant pour le chauffeur, un casse-croûte à quelques kilomètres de là. Nos lunchs avaient été déposés sur les tables à pique-nique à la lisière de la forêt.

La guide avait eu fort à faire pour dénicher un site d’observation à la fois éloigné de la grande ville pour nous épargner le grondement des autoroutes, mais assez proche pour ne pas poser de problème en cas d’urgence. Cet endroit était en retrait de la banlieue, sans être perdu dans la nature sauvage.

Le sentier menant au site n’était pas trop long, pour ne pas décourager les plus âgés parmi nous. Toutefois, un couple traînait à l’arrière, avec deux jeunes enfants qui négociaient la montée à leur rythme.

Le grand sac à dos de la guide contenait une trousse de premiers soins et des bouteilles d’eau. Elle avait aussi le nécessaire pour une excursion, une chaise pliante et des couvertures, au cas où. En ce moment, elle dépliait un tripode, et y vissait une puissante lunette de visée 15×50 qui ressemblait à une baleine miniature nageant vers la surface.

J’approuvais cette précaution, car bien des débutants arrivaient sur le site avec des équipements défectueux ou de mauvaise qualité, leurs lentilles usées et brouillées.

Je fermai les yeux, me rappelant tant d’heureuses sorties. Avec mes parents, avec Paul. Les solstices d’été et d’hiver avaient été, dans l’Ancien Monde, des occasions de réjouissance. Puis l’Église avait inscrit ses propres cérémonies par-dessus les rites païens, et les solstices s’étaient effacés de nos consciences. 

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Une tasse de chocolat chaud pour l’âme

Ceci est mon propre montage de la couverture, car j’attends mes exemplaires papier bientôt!

Compassion et courage! 

Quand les jours se font courts, on cherche le réconfort d’un bon livre, avec un chocolat chaud. Ces cinq histoires parlent d’épreuves et de nouveaux départs, et comment l’amitié ou même l’amour peuvent s’épanouir dans les pires conditions, tant qu’on ne perd pas espoir en l’avenir.

Plongez dans cinq contes de compassion et de courage, de merveilles et de douceurs, écrits par l’auteure Michèle Laframboise, à déguster avec une bonne tasse de chocolat chaud!

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Grandeurs et misères de la table de dédicace – 57

Puisque je ne peux être au Salon de Montréal… Je re-blogue ma bande dessinée sur l’évolution des tables de #dédicaces ! #salondulivre #humour #BD #writinglife

Avatar de Michèle LaframboiseSavante folle

Evolution des tables!

Les tables évoluent au gré des besoins des salons… et de l’abondance d’auteurs en dédicace! J’ai commencé avec les bonnes vieilles tables carrées, pratique por les expo de BD quand vos voulez dessiner. Puis, après la table ronde et blanche, le guichet de kiosque, est venu l’atroce petite table surélevée!

Pour rendre les choses encore plus risquées, vous emballez la table de bar! Ça fait très classe, mais les jambes accrochent facilement dans le tissu noir qui entoure le pied de la table. J’ai chuté deux fois, avec tous mes livres, de ce perchoir!

Michèle avec la table risquée! Ne pas bouger... surtout ne pas bouger...

Ces tables hautes  sont donc un danger pour les artistes et la société. Je trouve déjà difficile la gestion de mes sacs en altitude.

L’auteure franco-ontarienne Marguerite Andersen, 90 ans, a réglé le problème à sa façon!

Elle a emprunté une chaise confortable à la salle voisine. Notez le perchoir repoussé en avant-plan. Je rappelle que marguerite…

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Une solution au casse-tête arctique

Un article que je ressors des boules à mites (2009) pour la #COP26 … comment sauver le climat ET favoriser un meilleur usage du pétrole ! #banquiseArctique

Avatar de Michèle LaframboiseSavante folle

La banquise arctique rétrécit comme une peau d’âne, symptômes de changements climatiques qui affectent aussi le reste du monde.

Protéger le milieu arctique et ses habitants est un casse-tête pour les gouvernements et les organisations écologistes car il y a  deux problèmes en même temps:

1- la disparition de la banquise arctique nuit aux ours polaires qui ne peuvent plus se reposer, et aux phoques qui ne peuvent plus y mettre bas. Ceci sans parler des autres espèces, dont un crustacé, le copépode (dont se nourrit la morue arctique), et une migration de saumons du Pacifique sur le territoire de la morue arctique… De plus, la banquise contrôlerait le relargage du mercure dans l’atmosphère.

Ours polaire - Wikipedia

2- le réchauffement climatique lié à l’albedo de la mer libre de glace. Les eaux libres de glace, plus sombres, absorbent davantage la lumière solaire que la glace très blanche de la banquise qui joue…

Voir l’article original 380 mots de plus

Une page d’études

Pour les touristes en visite sur ma page, j’ai été auteure de bande dessinée avant de devenir écrivaine de science-fiction. Ici, je veux crééer en dessin ma série la quête de Chaaas. Je ne délaisse pas la BD, mais l’écriture et la publication de ma compagnie Échofictions ont mangé beaucoup de temps! Voici donc un dessin d’études d’un projet que je suis entrain d’encrer. (La route des honneurs.)

Ce qui change, c’est ma volonté de foncer dans cette histoire même si les décors qui étaient ma bête noire, me prennent du temps!

La SF laframboisienne arrive dans Asimov’s

Aujourd’hui, une promesse faite à mon bon papa en 2014 se réalise, enfin!

Wou-hoou!

C’est le cri de triomphe qui sort de ma bouche après 16 ans de patientes soumissions et de refus des deux grandes revues de SF anglophones, Asimov’s et Analog. Le numéro d’automne de Asimov’s avec ma nouvelle humoristique Shooting at Warner’s Bay, sort aujourd’hui en kiosque !  

Caché dans ce numéro, ma nouvelle!

Ne cherchez pas mon nom sur la couverture car il y a autour de 20 (!) auteurs par numéro double d’Asimov’s, sinon plus, et plusieurs sont mieux connus.

Ainsi, je partage ces pages avec des luminaires comme Greg Egan qui ne lésine pas sur les maths avancées, et Elisabeth Bear, dont j’ai savouré des romans, et plusieurs autres auteurs que je vais découvrir. 

Courez acheter le magazine en kiosque, ou la commander à Dell Publishing, ou en version électronique! Et ayez une pensée pour mon bon papa à qui j’avais promis en 2015, au pied de son lit d’hôpital, de publier une histoire dans le magazine qu’il lisait.

La petite histoire

J’ai terminé ce texte le soir de l’Halloween 2019, habillée en pirate des Caraïbes parce que c’est moi qui recevais les jeunes à la porte. Je portais trois livres de bijoux pis de cossins qui pendant après mes ceintures. C’était amusant pour taper à l’ordi entre deux Trick or Treats (on reste en Ontario)!

J’ai soumis le texte à Asimov’s à la fin de 2019 (quand on ne se doutait de rien encore) et j’ai reçu une réponse pendant le salon du livre de l’Outaouais de 2020 en février. Sheila Williams s’est dite enchantée de publier le texte, mais il y a un hic: le numéro de septembre-octobre 2020 était déjà monté. Pourrais-je attendre neuf mois avant de signer, pour placer le texte dans le numéro de 2021?

Je me suis dit que mieux vaut tard que jamais et j’ai répondu VOUI !

Le contrat a été signé en novembre dernier et le montage s’est fait rapidement. Entre-temps, on m’a aussi demandé de participer au blog de la revue, ce que j’ai accepté avec plaisir, surtout que ce sera une BD!

Une bonne nouvelle ne vient pas seule

Le secret de Paloma a fait la sélection de 2021 de Communication-Jeunesse pour la catégorie 12-17 ans. Ça fait , très très longtemps que je n’avais eu un livre choisi pour cette sélection, car mes space-opéras n’étaient pas toujours faciles à suivre, sans compter que la science fiction en rebute plus d’un. Même mon roman gagnant du Prix Aurora et finaliste aux prix du gouverneur général en 2009, Les Vents de Tammerlan, ne s’étaient pas qualifiés.

Mais je suis contente parce que c’est une histoire qui apporte de l’espoir dans des situations difficiles, et qui aborde de plein pied la santé mentale, à travers une petite colonie frappé par le deuil.

Et entretemps, la version papier du Galaxies 72 a atterri ici avec sa belle couverture. Je dois me dépêcher de le lire.  Encore, je vous encourage à l’acheter, ainsi que, en anglais, l’anthologie de Blaze Ward.

Et le magazine Analog Science Fiction and Facts a accepté une autre nouvelle, publication à venir!

Donc, j’éprouve la joie de la jardinière qui voit son travail porter ses fruits.

Je reçois une leçon de générosité chaque fois que je cueille ces fruits qui poussent dans ma cour. Le framboisier ne demande rien, seulement du un coin de terre, un peu de soleil et de pluie
Je reçois une leçon de générosité chaque fois que je cueille ces fruits qui poussent dans ma cour. Le framboisier ne demande rien, seulement du un coin de terre, un peu de soleil et de pluie

Un été fructueux…

Un beau merci à tous ceux-celles qui m’ont souhaité une bonne fête et m’ont donné des nouvelles!

J’aime avoir ma fête en été car c’est la saison des petits fruits. Notre jardin produit une quantité de framboises, après une profusion de baies de Saskatoon. J’ai réalisé un premier exploit culinaire avec un gâteau au chocolat et framboises du jardin, lequel a été bien « observé » (principe d’incertitude de Heisenberg : l’observation affecte l’objet observé) par le mari ! La photo ici.

Un gâteau bien observé…

J’écris beaucoup aussi, j’ai dépassé les 200 000 mots en juin. J’ai deux nouvelles de SF publiées en magazine cet été, dans Galaxies et bientôt, oui, Asimov’s! Et une nouvelle dans une anthologie Blaze Ward presents #5 en impression sur demande.

J’ai commencé un nouveau roman. Pour les soumissions de nouvelles, j’ai ralenti un peu. Je devrais trouver une journée dans la semaine pour m’en occuper.

Galaxies 72, Genres et SF

Galaxies 72 Genre et Sexe en SF

La revue Galaxies 72 porte sur le thème Genre et sexe en SF, un numéro dirigé par Lucie Selakovitch-Chenu. J’y participe avec ma nouvelle Comment éteindre le soleil, qui se déroule dans mon premier univers de SF. La petite Armelle Clécy découvre le prix de la différence sur Mars, où elle vit avec ses deux mères… biologiques. C’est une histoire que j’ai réalisée en BD lors d’un 24 heures de BD voici quelques années.

Pierre Gévard présente ainsi cette publication :

En cette période où les autrices de SF – mais pas qu’elles – se rebiffent à juste titre contre un ordre social dominé par les hommes et dans lequel les comportements inappropriés – disons le mot : le harcèlement sexuel – font partie de ce que beaucoup considèrent comme l’ordre naturel des choses, Galaxies propose un dossier qui parle de l’évolution des genres en science-fiction, du traitement de la sexualité et des perspectives ouvertes par les écrivain.es qui s’emparent de ce thème. 

Allez voir le sommaire ici. Et découvrez mes formidables voisin-es de sommaire : Sara Doke, Joëlle Wintrebert, Jean-Michel Calvez, moi-même, la bégum Rokeya, Adriana Lorusso, Shweta Taneja, Jeanne-A Debats.

Je me sens un peu pee-wee, là…

Le lien pour commander (les prix sont en Euros!)

Blaze Ward Presents #5: Crime and… 

Couverture Crime and...

Mes publications sont souvent de la SF, mais il m’arrive de toucher aux mystères. L’anthologie Crime and… de Blaze Ward Presents 5 contient une histoire pleine d’action mettant en scène Lady Byrd. Pour ceux qui ne connaissent pas la série, Lady Byrd est une ornithologue distinguée qui parcourt le monde à la découverte de l’oiseau rare. En période de Covid ses déplacements sont limités. Généralement, elle résoud des énigmes et aide des âmes en peine au passage.

Cette publication, Crime and Songbirds, était la deuxième aventure de Lady Byrd, et une exception. Ça peut vous rappeler des épisodes de Murder She Wrote. Je n’en ferai pas souvent, car je ne souhaite pas que mon héroïne devienne une sorte de Miss Fletcher qui découvre un cadavre par épisode… Il y a une raison pour laquelle les séries policières mettent en vedette des policiers (duh!), ou alors peu de livres avec un détective amateur-e, car notre sympathique amateur-e deviendrait assez vite blasé-e à la découverte de son 50e cadavre dans le garde-robe!

Pour vous procurer l’anthologie, voir cette page. Les auteurs (dont moi) sont payés au prorata des ventes! Eh oui, une nouvelle réalité du monde de l’édition indépendante: les auteur-es s’entraident!

Un hasard violet? 

Pur hasard que les couvertures de ces publications soient à dominante violette, une de mes couleurs favorites. (Et les gant de cuisine sur la photo en haut! ) Maintenant, reste à voir si la couverture du numéro d’Asimov’s de Septembre-octobre va avoir une dominante violette…

Réponse le 17 août prochain lors de la sortie du magazine en kiosque!

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Juillet, encore la générosité!

Pour mon anniversaire, une profusion de framboises telle que j’en donne aux voisins.

Puissions nous tous vivre avec autant de générosité!

La fan enthousiaste…

MIchèle tape fiévreusement sur son clavier

Matin du 25 juin, dans la région de Toronto…

MICHÈLE (se réveillant) : GILLES, GILLES! J’ai rêvé que les Canadiens avaient gagné!

GILLES : mgngngngn…

GILLES (ouvrant un oeil): c’est vrai, on n’a pas regardé la partie hier.

(Le mari se lève et va d’un pas alourdi vérifier sur Internet.)

GILLES (trouve vite l’info, son ordi reste toujours ouvert de nuit): Ah ben coudon! Ils ont éliminé les Golden Knights. C’était pas arrivé depuis 1993 !

MICHÈLE: Pis le 24 juin en plusse! Ça fait une belle St-Jean!

Même s’ils restent en banlieue de Toronto et encouragent les Maple Leafs, ils aiment bien le CH.

(MICHÈLE se précipite sur son ordi et tape avec entrain et ferveur, même si en temps normal le sport professionnel la laisse de marbre)

MICHÈLE (tape fiévreusement): Yé! Les Canadiens de Montréal ont éliminé les Golden Knights de Las Vegas!

MICHÈLE (tapant approximativement le chant des partisans): Nanana-naa, nanana-naa, hey-heeey, Good-b

*Son d’une ampoule électrique qui s’allume dans une tête*

(MICHÈLE se rappelle qu’elle a plein d’ami-es écrivain-es qui restent à Las Vegas et qui commentent son fil FB.)

MICHÈLE (à voix haute): Oupse!

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