Une première revue littéraire blessée

La revue franco-ontarienne Virages, dont le 53e numéro devait sortir incessamment, vient d’annoncer qu’elle cesserait ses activités, faute de financement.  Les nouvelles exigences du fonds d’aide aux publications de Patrimoine Canada l’ont exclue de la manne fédérale.

Ajout du 24 juin 2010: Marguerite Andersen, la directrice de la revue (elle-même chichement rémunérée), affirme à Radio-Canada -Toronto que Virages va poursuivre ses activités mais il manque 6000 $ au budget de fonctionnement annuel.  J’ai modifié le titre pour refléter cette volonté.

À son honneur, Madame Andersen refuse catégoriquement de réduire le cachet des auteurs qui publient leurs nouvelles dans Virages. Elle évoque une réduction du nombre de publications par année, de 4 à 2 ou un.

Je reprends son message et lance un appel aux abonnements pour la seule revue francophone hors-Canada.  Les nouvelles sont multigenres, assez courtes donc la lecture n’est jamais ennuyeuse.

Quant aux revues de l’empire Québécor  et de Sélection du Reader’s Digest, qui tirent à des centaines de milliers d’exemplaires, vont continuer de recevoir leurs grasses subventions.

Je ne pose pas ici de jugement sur la qualité intellectuelle ou l’orientation politique des revues en question  (je lisais des Sélection quand j’étais petite), mais la progression des journalistes et auteurs sera d’autant plus difficile. La marche vers la publication sera très haute, et elle apparait quasiment improbable dans des revues qui n’ont aucune vocation littéraire. Sans oublier qu’il faudra plaire au roi!

Le message qui sous-tend ces changements : si tu es riche, on t’aide, si tu es pauvre, débrouille-toi! Ou, plus prosaïquement, prend tes responsabilités! Un méta-message plus insidieux est le suivant : un artiste ou écrivain qui crève de faim va déployer des trésors de ressources et d’énergie pour s’en sortir. Regardez Vincent Van Gogh. Si il ou elle réussit, c’est par sa seule force de caractère et sa persévérance, un exemple qu’on ira ensuite claironner à tous les autres qui ont eu moins de succès.

Si l’artiste se décourage, décroche et passe le reste de sa vie dans un travail au bas de l’échelle dans le secteur des services, on applaudira l’effet de sélection sociale.  Un béesseux de moins!*

On jette une poignée des graines sur l’asphalte et on leur dit: envoye, pousse!

Ça vaut pour les gens et pour les revues qui sont des véhicules de la pensée, porteurs d’idées originales, ou transmetteurs de préconceptions.

Une plante, pour se développer, a besoin d’eau, d’un bon terreau, d’un peu d’engrais ou de compost, et… de temps!

Exiger le génie instantané, un succès-minute, est irréaliste. Et ensuite renvoyer nez-à-nez les happy few du milieu artistique face aux autres qui bossent pour joindre les deux bouts, est simplement cruel.

L’année 2010 est l’année de la biodiversité.  Or, cette biodiversité devrait s’exprimer dans la société.

Entre les graines jetées sur l’asphalte et les arbres bien entretenus qui font de l’ombre, entre les artistes qui en arrachent et ceux assis au sommet, il y a de la place pour une foule de situations intermédiaires. Sans rouler sur l’or ou atteindre un succès mondial, il existe des façons variées d’être et de vivre de son art, qui ne méritent pas le mépris que lui consacre le présent gouvernement.

Je salue bien bas tous les lecteurs et lectrices de cette chronique qui en arrachent. Lâchez pas!

…et bonne St-Jean-Baptiste !

———

* (extrait de l’article de Rue Frontenac mis en ligne en février 2009) « Les données les plus récentes disponibles auprès de Patrimoine Canada démontrent que Quebecor a bénéficié d’une aide financière de 2,15 M$ depuis deux ans dans le domaine du magazine. Ces subventions ont été versées pour la création de contenu d’une quinzaine de magazines, dont

Le Lundi (173 042 $),

Écho Vedettes (254 774 $),

Dernière Heure (207 842 $),

Moi et Cie (93 353 $, uniquement en 2007-2008),

et Clin d’oeil (203 007 $).  »

Alors, qui sont les vrais assistés sociaux?

Les blouses qui rient jaune

La savante folle tente de déjaunir ses blouses

Le phénomène de jaunissement du coton blanc défie les nettoyeurs depuis des siècles. Draps, blouses, mouchoirs, lavées pas lavées, gagnent une teinte jaune.

Je suis dessinatrice: Le jaunissement du papier me saute aux yeux quand je regarde mes vieilles archives… heureusement, les marchands vendent du papier à pH équilibré, qui ne s’altère pas avec le temps.

Qu’est-ce qui cause cette jaunisse des blouses et des draps de coton blanc? D’ailleurs, ce sort est-il réservé aux seuls cotons? Souvenez-vous de ces fameuses blouses « infroissables » en nylon! Peut-on créer du coton à pH équilibré?

Soit l’acidité ambiante de notre sueur salée contamine nos blouse. Un petit coup de Javex et hop! le problème se règle… pour peu de temps. (Et du point de vue écologique, le javellisant chloré n’aide pas). Hélas, très vite, le jaune revient.

Lave, lave et relave, rien à faire!

Au secooooours! Existe-t-il une solution pratique au problème du jaunissement des blouses?

Patrimoine Canada menace la revue Solaris

Le parcours de l'écrivain avant...

Le Programme d’aide aux magazines artistiques et littéraires de Patrimoine Canada ne subventionnera que les publications qui se vendent à plus de 5000 exemplaires par année.

Cela exclut la plupart des revues culturelles… Dont Solaris, Virages et aussi Ciel Variable !

Or ce chiffre est d’autant plus injuste pour le côté francophone, que ce plafond minimum est le même que pour les revues anglophones, alors que le ratio anglo/franco est de 3 pour 1. Ce qui veut dire que, si on avait été juste, le plafond pour les francophones aurait dû être de 1250 copies. (Merci à Jean Pettigrew pour cette info).

Le parcours de l'écrivain - après

Cet article sur le site du Devoir par Jean Larose exprime très bien la situation.

http://www.ledevoir.com/culture/livres/289794/les-heritiers-du-refus

Après la disparition des émissions littéraires et les coupures à Radio-Canada, accusées d' »élitisme », ce péché, les magazines culturels à tirage modeste vont y passer. (Voir cet autre article dans le blog.)

À trop vouloir centraliser, privatiser et uniformiser la culture, on prive la prochaine génération de l’immense potentiel de créativité, celle qui permet de faire face aux problèmes et de trouver des solutions. Et c’est encore plus vrai pour ma saveur littéraire favorite, la science-fiction, qui débarre l’imagination.

Toutes saveurs confondues, la littérature, lorsque puisée au terreau de l’expérience, méditée, puis écrite avec coeur, provoque la réflexion, inspire l’action.

Comme l’écrivain  Yann Martel l’a mentionné, lui-même a publié ses premiers textes dans un petit fanzine de Vancouver géré par des bénévoles. Cette modeste publication l’a encouragé à continuer d’écrire. Il a aussi apprécié sa première subvention d’écrivain.

…1991, année où je reçus une bourse B du Conseil qui me permit d’écrire mon premier roman. J’avais 27 ans et cet argent me semblait une manne qui me tombait du ciel. Ces 18,000$ me durèrent un an et demi (au regard des impôts que j’ai versés depuis, ce fut un rendement exponentiel de l’investissement, je vous en assure )

Et de même, c’est la revue Solaris qui a publié mes nouvelles de science-fiction et une bande dessinée. C’est cette revue qui m’a motivée à écrire des nouvelles pour participer au Prix Solaris.

Avant Solaris, j’avais publié une nouvelle et un poème dans les premiers numéros (2 et 5) de la revue Ciel Variable, en 1987 !! Une autre revue menacée.  J’y ai fait la connaissance d’Hélène Monette, une jeune poétesse qui y avait publié ses premiers poèmes. Depuis, elle a fait du chemin et nous a apporté des livres audacieux plein de dynamite intellectuelle. Mais je me souviens de son poème La colonie: où est passée l’autruche?

En dix ans, je suis passée par le processus, récoltant d’abord des refus de la direction littéraire de Solaris. Mais ces refus venaient avec des commentaires éclairés, à la lumière desquels j’ai fini par améliorer mon écriture. Ces commentaires de Yves Meynard puis de Joël Champetier, avaient été rédigés de façon principalement bénévole. Solaris ne tirait pas à 5000 exemplaires par année, et les subventions complétaient les abonnements et revenus de publicité. Mais leurs conseils m’ont orientée vers la publication de mes nouvelles, puis de mes romans.

Les petits éditeurs (merci en passant à René Beaulieu qui me publia en 1999 dans son recueil Transes Lucides) sont des ressources aussi précieuses. Ils sont de patients jardiniers, cultivant des talents sans récompense autre que la satisfaction de voir poindre le fruit de leurs efforts.

Dans mon cas, cela a donné une dizaine de romans jeunesse, dont Les voyages du Jules-Verne, qui descendent directement d’une nouvelle… refusée trois fois! Et cela a apporté  une floraison de prix littéraires.

J’aimerais pouvoir vous annoncer que je suis devenue multi-millionnaire avec des hordes de lecteurs, la seule forme de succès que le gouvernement actuel respecte. Or, je suis fière d’écrire, de publier, et de donner des ateliers aux jeunes, des activités dont les résultats sont moins tangibles. Comme des plantes, ils poussent en silence.

En attendant, voici des liens:

– un  article de Caroline Monpetit dans Le Devoir.

Lettre de 27 revues et magazines culturels du Québec dans la Presse.

Cauchemar de jardinage

Un des grands plaisirs de la fin de semaine du congé de Victoria est de faire une peu de jardinage. Hélas, notre terrain avait  plutot l’air d’une pratique de la devise du Larousse « Je sème à tout vents ». Les pissenlits sont si magnifiques au début du printemps…

La savante folle découvre des pissenlits dans son jardin!

C’est la deuxième BD réalisée avec ma tablette Intuos.  Le plus difficile est de trouver la bonne définition, si éventuellement on veut le publier sur papier… Certains traits étaient trop fins et disparaissaient lors de la réduction.

L’avantage est qu’on peut mettre des gris qui se sauvent bien en jpeg. Mais c’est un bon 5-6 heures de travail, d’essais et d’erreurs.

Les derniers finalistes des Auroras francophones?

Selon le blog de Jean-Louis Trudel, les catégories francophones des prix Aurora sont appelées à disparaitre, pour être liés aux prix Boréal. Selon lui, une réforme d’envergure s’annonce, qui pourrait entraîner une fusion, un jumelage ou une association de ces catégories francophones et des Prix Boréal.
Cette année, c’est peut-être la dernière occasion de voter pour les catégories francophones professionnelles des Prix Aurora.
Ceux qui ne sont pas sur place au congrès Keycon à Winnipeg peuvent néanmoins encore voter en-ligne jusqu’à midi (heure manitobaine) le samedi 22 mai.

Dans la catégorie du meilleur roman en français, les finalistes sont :

Le protocole Reston, Mathieu Fortin (Coups de tête)
La Quête de Chaaas (3. L’axe de Koudriss), Michèle Laframboise (Médiaspaul)
Suprématie, Laurent McAllister (Bragelonne)
Un tour en Arkadie, Francine Pelletier (Alire)
Filles de lune (3. Le talisman de Maxandre), Élisabeth Tremblay (De Mortagne)

Dans la catégorie de la meilleure nouvelle en français, les finalistes sont :

« Ors blancs », Alain Bergeron (Solaris 171)
« De l’amour dans l’air », Claude Bolduc (Solaris 172)
« La vie des douze Jésus », Luc Dagenais (Solaris 172)
« Billet de faveur », Michèle Laframboise (Galaxies 41)
« Grains de silice », Mario Tessier (Solaris 170)
« La mort aux dés », Élisabeth Vonarburg (Solaris 171)

Dans la catégorie du meilleur autre travail en français, les finalistes sont :

Critiques : Jérôme-Olivier Allard (Solaris 169-172)
Revue : Solaris, Joël Champetier, éditeur (P.b.i.q.)
Manga : Le jardin du général, Michèle Laframboise (Montréal, Fichtre)
Article : « Rien à voir avec la fantasy », Thibaud Sallé (Solaris 169)
Chronique : « Les Carnets du Futurible », Mario Tessier (Solaris 169-171)

Donc, dernière chance pour mes fans fidèles!

Embrace life

Un gars fait semblant de conduire assis dans son salon

L’organisme gouvernemental anglais Sussex Safer Roads Partnership (SSRP) a concocté cette publicité afin de promouvoir le port de la ceinture de sécurité.

Une pub émotionnelle positive, tout le contraire de celles qu’on s’est fait infliger  il y a quelques années. (Je me souviens de la fin d’une pub des années 70 contre l’alcool au volant, image explicite, paroles chantées : Mais, toi, tu est moooort dans ta voituuure…)

Cette séquence, sans pathos ni effusion de sang, est un exemple de ce que des publicistes sont capables de réaliser. Un sommet de l’art, à voir pour ceux qui comme moi n’aiment pas les pub en général.

http://www.embracethis.co.uk

Souvenirs du Congrès Boréal 2010

Je mets quelques photos du congrès Boréal qui s’est tenu au CEGEP de Ste-Foy.

Ambiance du congrès Boréal lors de mon arrivée

Ambiance de la salle de dégagement (quel nom!) On reconnait plein de monde…

Ce fut une belle occasion de rencontrer les invités d’honneur:

Couverture du recueil

Ted Chiang, un jeune auteur américain sympathique, bourré de talent, chargé de prix littéraires (Prix Nebula, Prix Hugo, Prix Theodore Sturgeon, Prix Bob-Morane ). J’ai acheté La Tour de Babylone , un recueil de nouvelles traduites.

Ted Chiang discute avec des fans

Ted Chiang discute avec des amateures

Sylvie Lainé, une autre auteure qui a publié des nouvelles, un genre qu’elle maitrise bien et qui permet la réflexion sur les rapports humains et nos grands et petits mensonges.  Elle fut lauréate du Prix Septième Continent, Prix Rosny-Aîné, Prix du Lundi de la Nouvelle, Grand Prix de la SF française, Grand Prix de l’Imaginaire. Ses recueils de nouvelles: Le Miroir aux éperluettes (2007), Espaces insécables (2008)

Deux Sylvies

Deux Sylvies pour le prix d’une! Sylvie Lainé et Sylvie Bérard (à droite) , Les deux font du bon travail en SF.

Enfin, Laurent McAllister (nom de plume du duo Yves Meynard et Jean-Louis Trudel) qui ont écrit ensemble Les Leçons de la cruauté, Suprématie, L’Enfant des mondes assoupis, Les Marées à venir (2009), se méritant  le Grand Prix de la SFFQ, Prix Aurora, Prix Boréal, Prix Solaris.

NEWSFLASH: Leur roman Suprématie a ausi remporté le prix Boréal du meilleur roman!

Conversation avec Laurent Mc Allister

Alain Ducharme (et ses nouvelles publiées en ont), Jo Walton (une bonne écrivaine anglophone originaire de South Wales, UK), et Laurent Mc Allister (l’écrivain à deux têtes)

Malgré cette avalanche de prix prestigieux, ces auteurs, qui écrivent tous depuis bien plus longtemps que la savante folle, peuvent à peine gagner leur croute par leur écriture. Tous ont conservé un travail de jour. La désaffection du public envers la nouvelle a fait l’objet de plusieurs panels.

Quelques bons moments:

L'amphithéatre bien rempli lors de l'ouverture du congrès

L’amphithéâtre bien occupé pour l’ouverture du congrès, vendredi soir.  On voit Ted Chiang au premier rang (gilet bleu) à côté de Sylvie Lainé.

J’ai rencontré dans la chair un ami de Goodreads, Richard!

Mon ami Goodreads

Ils sont parmi nous, arrrrrrrrrrrgh!

Vampires cutes!

(Ariane Gélinas et Frédéric « vampire cute  » Durand). Scène au restaurant chez Victor, samedi midi.

Diner chez Victor

Au même repas, autre table : CIC (Caroline-Isabelle Caron) à gauche, Ted Chiang derrière elle. A droite, on aperçoit deux illustre bénévoles ou amateurs, puis Jo Walton, en bleu pâle. Derrière elle, tournée, Alison Sinclair, une autre auteure. Et grâce au miroir, on voit la photographe avec son flash!

Diner, samedi soir, Thibaud Sallé

Même table : Thibaud Sallé (de dos), sa douce moitié Marcelle en blanc; derrière elle,  Alain Ducharme.

Table, samedi midi

Francine Tremblay à gauche (elle a une nouvelle dans le Virages 52), Marion Delorme à droite, avec des courageux bénévoles et amateurs. On  aperçoit une moitié de Mc Allister au bout de la table.

La savante folle avec son prix Solaris

La savante folle avec son Prix Solaris dans les mains, samedi PM au petit Amphi. Elle regarde vers Joel Champetier qui vient de remettre le prix.

Savante folle, Sylvie et Annie

Fête de samedi soir. La savante folle à gauche, Sylvie Lainé déguisée, et Anne. Les deux ont gagné les prix pour leur costumes.

Live long and prosper!

Un fan aussi Trekkie que moi. (Je viens de comprendre pourquoi elle signe Lilitrek!)

Costume disco Star Wars - prise 2 Joel dans son costume Star Wars

Joel Champetier, directeur littéraire de Solaris, en costume « disco » StarWars lors du party de samedi soir. Deux photos qui nous emplissent d’une douce nostalgie… enfin, moi, si!

Dimanche le 16 mai

Marc à son chevalet

Marc « mafioso » Pageau à son chevalet. Son modèle est juste derrière.

Marc Pageau et Michele

Marc Pageau et la savante folle

Table ronde sur la nouvelle animée par JLT

Jean-Louis Trudel anime une table ronde sur la nouvelle de SF.  De gauche à droite: Luc Dagenais, Sylvie Lainé, Alain Bergeron, Laurent McAllister (Yves Meynard et Jean-Louis Trudel)



Autres photos à venir!

Le prix Solaris 2010 gagné par la savante folle!

Ca fait du bien d’annoncer une bonne nouvelle de temps en temps.

 » Le Prix SOLARIS 2010 a été attribué à Michèle Laframboise pour sa nouvelle de science-fiction intitulée « Monarque des glaces ».


En septembre 2009, un webzine britannique avait invité des auteur-e-s à soumettre des flash-fictions, illustrant le futur dans cent ans dans un esprit de SF « mundane » selon la définition de l’auteur Geoff Ryman. Mundane veut dire pour moi, le plus terre-à-terre possible.

La prospective est un outil de réflexion essentiel pour les auteurs et amateurs de science-fiction. J’ai tout de suite puisé dans ma formation de géographe et noté des idées sur un futur écologiquement triste, desquelles j’ai tiré un embryon de texte. Hélas, j’ai vite dépassé la limite (très courte) de mots. J’ai laissé le texte en jachère et j’ai travaillé sur autre chose.

Un ou deux mois plus tard, j’ai repris le texte, et trouvé un point de vue spécial par un narrateur particulier. Puis j’ai laissé reposer.

Quand la tombée du concours pour le Prix Solaris approchait, j’ai retravaillé le texte, affiné le personnage et son environnement, ajusté le ton dominant de l’histoire… et de la fin. Le texte avait gagné en maturité et, comme un enfant dont on est fier,  je l’ai laissé partir.

J’ai reçu la bonne nouvelle la semaine dernière. Ca me remplit de fierté toute maternelle!  La récompense, généreuse, inclut la publication du texte dans le prochain numéro de la revue Solaris.

On trouve le communiqué officiel ici .

L’achat local au banc des accusés

En février dernier, l’Institut économique de Montréal publiait sur son site une « note économique » de 4 pages  concernant les « dangers » de l’achat local. Ce n’est certes pas la première critique des systèmes alternatifs d’approvisionnement par des tenants du néolibéralisme.

Ce qui change, c’est qu’on attaque les habitudes d’achat local au nom de la protection de l’environnement!  Cela révèle quand même une évolution des mentalités. Après tout, même les plus ultramontains doivent admettre qu’on ne peut pas avoir une économie florissante… sans planète!

Pas d'économie sans planète!

L’étude originale d’Alison Smith, (Alison Smith et al. 2005. The Validity of Food Miles as an Indicator of Sustainable Development: Final report. AEA Technology, Harwell, UK. 117 pp.) présentait des informations et des donnés plus pointues. Cet ouvrage n’étant pas disponible au public, je ne peux que souligner les arguments de la note. *

***************

La note affirme que le volume de ces aliments transportés baisserait leur cout énergétique par unité à une faible part (4%) du coût total de production. On évoque donc l’économie d’échelle pour justifier le transport par cargo (porte-container) de grandes quantité d’aliments sur des milliers de kilomètre.

Un cargo aidé par un cerf-volant Sur cette photo glanée, un cargo aidé par un cerf-volant consomme moins de pétrole.

(1) On en profite pour dénigrer aussi les projets d’agriculture soutenue par la communauté (ASC), argumentant que le transport en camion d’une plus petite quantité de fruits-légumes, sur une courte distance, causerait plus de pollution.

On s’attaque aussi aux consommateurs qui utiliseraient l’auto comme moyen de transport vers l’épicerie pour… « acheter des produits locaux »! Or, les études de transports en milieu urbain montrent que les consommateurs parcourent plus de distance pour aller au méga-entrepot de grande surface (MEGS), pour aller acheter des produits exotiques. (Ce que toute personne peut vérifier en mesurant les immenses terrains de stationnement entourant les méga-magasins.)

On compare des pommes et des oranges: les grandes industries de l’agrobusiness du Chili, de l’Argentine, etc, tous de _vastes_ pays, doivent cueillir et transporter, sur de longues distances, leurs produits jusqu’aux cargos. Le moyen de transport privilégié est le camion diésel ou le train diésel. Or, la note est muette sur ce point, tout comme l’article publié dans le Readers Digest.

oranges venues d'ailleurs

C’est comme si fruits et légumes apparaissaient par magie dans des containers, prêts à être chargés au port!

La note salue – avec raison –  l’avènement du transport électrique et des innovation environnementales pour remplacer la combustion au pétrole. Pourquoi nos fermiers locaux ne l’utiliseraient pas? Il faut croire que la créativité est un monopole réservé aux grandes enterprises.

Enfin, la cerise sur le Sunday: on compare des pommes du Mexique avec nos pommes hors-saison. Nos produits locaux, par exemple les pommes hors-saison, exigeraient de l’énergie pour les réfrigérer. Conclusion rapide de la note: l’achat local pollue plus !

L’étude crie haro sur Angleterre qui chauffe ses serres au charbon. Bouh! Exploitons les paysans du sud à la place! Le mode de chauffage des serres évolue lui aussi vers des méthodes écologiques.

Qu’est-ce qui interdit de chauffer les serres avec des énergie renouvelables? Pour revenir à l’Angleterre, voici des amusantes cheminées à vent qui s’adaptent sur les toits.

Une compagnie québécoise, Frygycube, a mis au point un camion réfrigéré qui consomme une fraction de l’énergie des camions réfrigérants conventionnels. Un système conventionnel consomme environ 4000 litres de carburant fossile par année à 1.14$/litre, soit environ 5000$. De plus, l’entretien d’un système conventionnel coûte environ 2500$/année. En comparaison, le système Frygy Cube ne consomme annuellement que 800$ d’hydro-électricité propre et les coûts d’entretien sont mineurs.

Les méthodes de conservation des fruits sous vide s’améliorent d’années en année. Quant aux légumes locaux de type courges, ils ne réclament… qu’un endroit frais et sombre pour bien se conserver. Peu ou pas de coût énergétique!

(2) L’argument du coût écologique de production plus bas des fruits exotiques souffre d’un même manque de vision à long terme.

La qualité de vie des employés de ces agrobusiness (par exemple les fraises en Californie cueillie par des immigrés sous-payés) laisse à désirer. Ils travaillent à la main, de longues heures, et sont sous-payés. Évidemment, leur salaire fait baisser le cout de production. Et l’usage de pesticide à grande échelle aide à augmenter la productivité des grandes fermes du sud.

(3)

Une importante partie de la note fait intervenir les avantages de la surspécialisation géographique où chaque région du globe se spécialise dans un (et un seul?) domaine. On dit, assez sèchement, que si les tenants de l’achat local recourent à un médecin de famille, c’est grâce au commerce international qui libère du temps pour que leur concitoyens se spécialisent hors du domain agricole! Le ton dénote un subtil mépris des gens qui choisissent de cultiver la terre… à petite échelle. **

Il y a usage anormalement élevé du mot coercitif dans la note, qui me parait la véritable motivation de cette étude: les auteurs craignent des politiques restrictives. Or aucun écologiste (et même pas moi-même) ne songerait à obliger des gens à acheter local. On craint donc le gouvernement, dont l’IEDM souhaite la disparition pour laisser la cour libre aux entreprises privées.

La surspécialisation géographique est un bel idéal qui ne tient pas compte de la liberté personnelle… et des réalités actuelles du globe, du chômage, des systèmes politiques et des conditions de travail. (Heureusement, pour le secteurs plus « libéraux », Internet change la donne.)

Au Canada, les agriculteurs paysans (à distinguer des méga-fermes qui utilisent beaucoup de machineries polluantes) travaillent avec un minimum d’outils, en créant un maximum d’emplois. Et les agriculteurs bio n’utilisent pas de pesticides ni d’engrais, ce qui préserve à long terme la terre.

(4)

Pour finir, si on suit les conseils « éclairés » de cette note de l’IEM… Quand nos agriculteurs locaux auront tous déclaré faillite, les prix des denrées importées resteront-ils longtemps aussi avantageux qu’aujourd’hui?

*********

CONCLUSION

Loin d’encourager la liberté du marché, cette étude vise à conforter les grandes industries de l’agrobusiness, en éliminant, au nom de la protection de l’environnement, toute alternative locale. Ainsi, quelques « majors » vont centraliser leur contrôle sur la nourriture et restreindre la liberté du marché canadien.

Autrement dit:

Sentez-vous libres d’acheter

Les biens que je vous vends

au prix que je vous dicte

****** Complément d’information*** du 9 mai 2010

*J’ai mis la main sur le document!

Un résumé de l’étude est cependant disponible. L’étude ne juge en rien l’achat local, mais il suggère de diviser l’indice du nombre de milles parcourus en tenant compte de la classe de véhicule employés et de la congestion en milieu urbain, et de procéder au cas-par-cas par produits. Le nouvel indice composé est constitué par:

1- Les miles parcourus en milieu urbain par automobiles, véhicules légers et véhicules lourds. (Urban food km )

2- Les miles parcourus sur route en véhicules lourds  (HGV food km)

3- Les miles aériens (Air food km)

4- Les émissions de CO2 totales (Emissions of CO2 from the transport sector)

Les conclusions sont somme toutes très réjouissantes pour les gens attachés au développement durable et à une belle qualité de vie. Extrait:

The study of potential policies to reduce the impacts of food transport would help to examine the advantages and disadvantages of different policies, and design a suitable integrated framework to reduce the adverse impacts of food transport. Potential policies include:
♦    Sourcing food more locally where appropriate (e.g. consumer awareness,
public procurement, support for local food initiatives, strengthening UK
suppliers);
♦    Reducing car food shopping (e.g. home delivery, support for local and in-town
shops, provision of safe cycle and pedestrian access);
♦    Reducing transport impacts (cleaner vehicles, improved logistics, rail freight);
♦    Internalising the social costs of transport (to reflect the costs to society of
pollution, congestion, accidents, noise and so on in the prices paid by transport
users);
♦    Improving the wider sustainability of the food chain (e.g. ethical trading,
improved energy efficiency in the local food sector).

** Je connais personnellement des professionnels désabusés qui ont choisi la vie a la ferme. Et qui ne regrettent pas du tout leur ancienne « expertise »!

Petit reportage

TFO a récemment fait un reportage sur l’exposition textes, légendes et enluminures à laquelle j’ai participé.  J’y ai réalisé un dessin dans lequel se cache un poème, les amoureux absents.

Si jamais vous n’avez pas vu le reportage voici le lien direct . Vous n’avez qu’à appuyer sur « play » pour visionner. Mon entrevue dure deux minutes sur les 5 du reportage.

Les amoureux absents

Les deux ont disparu

sans laisser de traces

Vers quels horizons?

Les branches seules le savent

Qui étaient-ils?

qui étaient elles?

nul ne le sait

l’arbre pleure leur absence

Impressions du SILQ et FBDFQ

J’écris ceci depuis l’aéroport de Québec.

J’ai fait connaissance avec des dessinateurs et dessinatrices formidables. Bonjour Adeline Lamarre, (son blog ici) et Frank Fournier en personne. Frank va reprendre les aventures du petit Manchdepel, un personnage créé par Michel Breton. Frank publie le fanzine Detritus, auquel j’ai collaboré.

La plume japonaise, au kiosque RECF, s’est plus vendue que tous mes autres livres ensemble, un beau résultat, compte tenu de l’absence d’intérêt des médias. Par contre, the General’s Garden a été un flop total à l’Espace fanzine. Même la version française artistiquement reliée par Fichtre ne s’est pas vendue. Coudonc.

Photos du SILQ et FBDFQ

La suite des photos.

Val, Joel et Jean-Louis au kiosque Alire

Joel Champetier, Alain Bergeron, Jean Pettigrew (dans un ordre quelconque)

Frank Adeline et à l’avant-plan un héros sympathique que j’ai croisé au Montréal Comicon, qui offre des comics sur signets! Rappelle-moi ton nom…

Au commensal, rencontre d’auteurs de Québec-SF. On prépare le congrès Boréal 2010, à Québec!

Ambiance générale

J’ai retrouvé Alain Bergeron, mon scénariste pour le Huitième Registre, en bon état!

Chaude discussion, Ben, Joel, Alain en avant-plan.

Joël, Jean-Louis et Lily