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Le temps de dire les choses…

L'auteure courant aux événements

Même, en courant, je n’aurai pas le temps… pas le temps, comme dit la chanson. Voici chers amis du blogue de la savante folle, les sujets brûlants d’actualité que j’aurais souhaité commenter plus en profondeur, avec réflexion et caricatures. Là, je vous les offre en bouquet. 

Le musellement des scientifiques par Ottawa: Back in USSR !  Ou quand un gouvernement  préfère écouter ses astrologues que ses scientifiques. À ce sujet, rappel de l’affaire Lyssenko: ce scientifique protégé par le régime fut à l’origine d’une théorie génétique pseudo-scientifique qu’il parvint à imposer en Union soviétique pendant la période stalinienne. Un lac très eutrophié de la ELALe Experimental Lake Area, sauvé de justesse par le gouvernement de l’Ontario. Comment pouvez-vous boire un verre d’eau de robinet en toute confiance? Comment peut-on apprendre l’impact à long terme d’un polluant sur nos lac et nos rivières? Par la recherche et l’observation scientifique à grande échelle.

L’étude sur les éoliennes commandée par le fédéral, qui par contre a abaissé les critères environnementaux pour les pétrolières. On croirait que douze hélices géantes font plus de dommages que la destruction totale du paysage et la pollution des rivières voisines des exploitations de sable bitumineux

Le seul scientifique non muselé par Ottawa: Chris Hatfield et son compte Twitter! Ayant une formation en sciences et une bonne forme physique, j’ai longtemps souhaité être astronaute. Toutefois, après avoir pesé la chose, j’ai renoncé au dernier appel de candidatures. Car, même si mon mari avait pu laisser son travail, une savante folle-plus-astronaute aurait eu fort peu de temps libre pour écrire et dessiner, sans compter être présente à la famille! Cependant, ça me console de voir de si bonnes personnes porter haut et fort le flambeau de la science.LaframboiseManifEtroitLe désengagement de l’électorat qui a voté à 50 % en Colombie Britannique, en lien direct avec l’usage abusif des annonces injurieuses (attack ads) et mensongères contre les personnes qui s’engagent en politique. On prétend que « c’est ça qui marche »? Eh bien plus avec moi.
Si on adopte cette escalade, on peut aussi « désescalader » ce processus. Dans nos écoles, on adopte des mesures contre l’intimidation! Et c’est pour cela qu’une classe d’élèves d’Ottawa  écrit au premier sinistre Harper de cesser de recourir à ce type de publicité. « To the kids, she said the ads looked just like cyberbullying, which they’d learned about a couple of weeks earlier. »

Le trio d’excellent essais de Jean-Jacques Pelletier, et particulièrement son dernier sur Néo-Narcisse. Néo-Narcisse résume nos désirs d’extrémiste « soft » et le désengagement dont je parlais. On s’engage, tant que c’est pas trop forçant et qu’on  ne subit pas de conséquences désagréables. Pelletier et son nouvel essai

L’abus du terme « taxpayer » par ceux qui veulent réduire l’État, tout en donnant de généreux subsides aux  compagnies… et en fermant les yeux sur leur évasion fiscale. 21 trillions, c’est des sous… Et considérer les citoyens comme des porte-monnaie ambulants qui ne calculent que leur intérêt à court terme, c’est insultant et réducteur. Et tout le monde en paie, des taxes, quel que soit leur revenu: dès que vous achetez un sac de chips, ou que vous occupez un logement… vous payez des taxes.

– Dans le même ordre d’idées: les taxes qu’on paie au… privé! Les prix franchement abusifs, la corruption dans le secteur de la construction, et que le citoyens repaient. Notre maisonnée qui a payé son gaz naturel 4 fois le prix du marché pendant trois ans… à cause d’un clause de « protection des prix » qui interdisait d’en sortir sans payer d’énormes pénalités. Les prix abusifs en rénovation. – Les spéculateurs qui parasitent l’économie. Cette image parle fort: http://www.filmsforaction.org/watch/inside_job_2010/

– Lévasion fiscales des mégariches… qui redonnent quelques miettes en bal de charité en se targuant d’être des « créateurs de richesses », alors qu’ils ne font que la concentrer entre leurs mains! Ci-bas, une véritable « créatrice de richesse ». Oui, les artistes, scientifiques, modestes travailleur-ses créent la richesse, mais n’en bénéficient pas beaucoup… Le phénomène du trickle-down est en fait un trickle-up vers les agrégateurs de richesses. Artiste "du dimanche" en conserve

– Parlant de ruissellement: l’effondrement d’une usine au Bengladesh à Dacca, le 24 avril 2013, qui a fait plus de 1127 morts  -surtout des mortes – au dernier recensement, pour nos vêtements pas chers. Si nous sommes le « marché », il est temps de souhaiter la liberté et des bonnes conditions de travail… pour tout le monde! Je rappelle Germinal, ce roman d’Émile Zola.

– La disparition prochaine des émissions Dimanche magazine et Classe économique à Radio-Canada. J’espère que ces excellents reportages et ceux à venir vont se trouver un autre « nid ». Et qu’ils resteront disponibles sur Internet.

– Ce reportage BD ahurissant sous forme de fresque, une BD déroulante et déroutante avec des extraits sonores, concernant un bidonville en France…  Ce reportage de Monique Hervo date de 1962 mais vient d’être mis en images. Le plus extraordinaire, c’est d’entendre ces voix des réfugiés enregistrées voilà 50 ans… http://bidonville-nanterre.arte.tv/

– Et… le printemps qui arrive enfin!

Fleurs du prunus exotique

Florilège pour des lacs expérimentaux

Un lac très eutrophié  - photo courtoisie de ELA

Quand vous avez mal quelque part, est-ce que vous consultez votre médecin ou votre astrologue?

Voilà une question qu’on pourrait poser au gouvernement Harper, à la lueur de ses récentes décisions dont le projet de loi 45 « mammouth » qui réduit le financement de la recherche sur les lacs et rivières, à moins qu’il s‘agisse de recherche possédant un avantage commercial. Et qui exclue 99 % des lacs de la protection de leurs eaux et de leurs rives!

Parmi ces décisions, il y a celle de mettre fin aux activités du ELA (expérimental lake Area), la zone des lacs expérimentaux couvre 58 lacs en Ontario  qui ont aidé à démontrer les effets à grande échelle de divers polluants chimiques. Situés dans le comté de Kenora, ils ont permis entre autres de démontrer l’effet du phosphore sur l’eutrophisation des lacs. Cette mission de protection du public fait-elle le poids contre une vision purement commerciale de la recherche ?

Lac 226 après deux mois de fertilisation. La photo a fait le tour du monde !

Cliquer ici pour un détail agrandi des deux parties du la 226

Comme je l’ai indiqué dans un autre article, la recherche scientifique est un processus long et ardu. Elle implique non pas un chercheur seul dans son laboratoire mais plusieurs équipes multidisciplinaires. contrairement aux à nos attentes de tout tout de suite », la recherche prend des années et demandes plusieurs échelles : depuis les essais en éprouvette de laboratoire aux expérimentations sur grande échelle. en passant par les étapes de vérification des données, consultations des pairs, publications dans revues scientifique avec comités de lecture…

L'enquête sur le rôle du phosphore a été beaucoup plus longue que ce dessin le suggère!

Avec un budget de fonctionnement de 2 millions par année, le ELA est beaucoup moins cher que les milliards accordés en subvention aux entreprises de sables bitumineux. Des milliers de personnes s’opposent à cette fermeture. Mais leur voix tombe-t-elle dans l’oreille d’un sourd?

Je n’apprécie pas qu’on affaiblisse ce pays et sa population en lui retirant une à une les balises de protection scientifiques. Car qui croire ensuite? Votre médecin ou votre astrologue? 

Bref, les scientifiques qui tiennent à protéger les eaux fraîches et la recherche fondamentale cherchent désespérément un milliardaire désoeuvré. Ou bien faut -il lancer un projet Kickstarter pour les Lacs?

Baie Georgienne - nos eaux douces, un trésor menacé par l'ignorance

La zone des lacs expérimentaux représentent un effort collectif pour mieux comprendre les procédés naturels et l’impact de nos activités sur les eaux fraîches et leurs myriades d’habitants. C’est un livre qui doit rester ouvert, comme les esprits avides de connaissances.

Ce mouvement de protestation pourrait aussi s’appeler Ignorant no More.

* Annexe *

Faute de temps pour développer ce sujet, je dresse la liste de sites utiles, de même que le site Sauver ELA.

Fight to save Experimental Lakes Area runs its course (http://www.kenoradailyminerandnews.com/2013/01/02/fight-to-save-experimental-lakes-area-runs-its-course)

Une réflexion fouillée par un scientifique paléogéographe, partie un et deux

Attention Bryan Hayes: This water issue hasn’t gone away (https://www.sootoday.com/content/news/details.asp?c=51916)

Liste des députés fédéraux – trouvez votre circonscription!

Le groupe Facebook pour soutenir le ELA. https://www.facebook.com/groups/saveela/

Quelques sujets de recherche entrepris avec les lacs expérimentaux depuis 1968:

pollution par les fertilisants et éclosions d’algues bleues
impacts des  “pluies acides” sur les lacs
restauration des lacs acidifiés
impacts d’inondation de réservoir
sources de mercure toxique dans les poisson
impacts des “changement climatique” sur les lacs
renouvellement de la végétation riveraine
impact de composés hormonaux mimics
impacts de l’aquaculture

Histoire d’eau: une enquête haletante sur l’eutrophisation des lacs

image de la savante folle batifolant dans son lac favori.

C’est l’été, et on se précipite vers une trempette rafraîchissante ! Mais pourquoi les eaux de nos lacs deviennent-elles gluantes et pleines d’algues?

La réponse dans ce livre publié par les Presses de l’Université de l’Alberta,  The Algal Bowl: Overfertilization of the World’s Freshwaters and Estuaries, par  David W. Schindler et John R. Vallentyne, spécialistes en biologie lacustre, spécialité de feu mon oncle Robert Lagueux, limnologue. Des Albertains écologistes, oui ça existe!

The Algal Bowl : Overfertilization of the World's Freshwaters and Estuaries

The Algal Bowl est un texte très pointu sur l’eutrophisation des eaux douces et des estuaires. Le livre comprend des cartes, photos, graphiques, mesures, statistiques. C’est une mine d’informations beaucoup plus fiables que des rumeurs ou des sites internet, et c’est pour cela que j’ai jugé utile de vulgariser son contenu.

Le titre est une allusion au fameux Dust Bowl des années 1930.

« In 1974, John R. Vallentyne predicted that by the year 2000 we would be living in an environmental disaster he called the Algal Bowl. Just as the Dust Bowl of the 1930s was created by misusing western farmland, he forecast that the continuing misuse of lakes could only lead to water degradation. « 

Au point de vue littéraire, je dois noter que le livre est très bien écrit, que le style comporte des très belles images.

*

Résumé de l’intrigue

On relâche de la chnoute, beaucoup de chnoute (matière fécale, engrais, donc matière organique) dans les eaux douces. La chnoute, pour se décomposer, absorbe l’oxygène dissous dans l’eau. Oxygène que les poissons, eux, n’ont plus à leur disposition, donc ils meurent, couic! D’autres organismes prennent leur place, modifiant les écosystèmes aquatiques.

L’euthrophisation des lacs est un meurtre silencieux dont les efflorescences d’algues bleu-vert (algal blooms), les cyanobactéries, nous avertissent. Ces microorganismes existent depuis plus de trois milliards d’années et sont naturellement présentes dans les lacs et les rivières, mais à de faibles densités, ce qui ne cause pas de trouble. Car, en forte concentration, les cyanobactéries, loin d’être de gentils végétaux, elles sécrètent des substances très toxiques qui tuent les poissons (et parfois, des baigneurs).

Comme les lacs sont peu bavards par nature, ce sont les chercheurs qui ont lancé les cris d’alarme, aussi tôt que dans les années 1960. En recueillant des observations et en faisant des analyses de l’eau des lacs affectés et des lacs intacts, les enquêteurs ont découvert trois suspects: le carbone, l’azote, le phosphore.  Lequel de ces trois éléments détient le contrôle de l’eutrophisation?

Interrogatoire de témoins: les lacs Mendota et Monona

Le phénomène d’eutrophisation a été observé des 1907, en Europe, pour décrire les changements dans les écosystèmes aquatiques causés par une hausse de l’apport de  nutriments provenant des plantes vers l’eau.

L’étude de cas de deux lacs de la ville de Madison (Wisconsin), les lacs Monona et Mendota, illustre l’impact du défrichages et de la culture avec engrais sur la faune et la flore du lac.

Les lacs de Madison: Mendota et Monona

Les colons, arrivés vers 1840, ont déboisé et défriché autour des lacs. En quatre décennies, les forêts ont fait place à des fermes, et Madison était devenue une ville prospère.  Sauf que des phénomènes étranges sont apparus dans le lac Mendota.

Dès 1880, des explosions d’algues bleues tuent des poissons dont les corps s’échouent sur les rives. Les déchets venant de la ville de 10 000 habitants à l’époque. Pour résoudre le problème, on n’a pas coupé les cheveux en quatre: érection d’un barrage pour rehausser les eaux du lac Mendota, drainage des marais (dont le rôle filtrant n’était pas encore connu), creusage de puits pour utiliser l’eau souterraine.

Enfin, on a construit une usine d’épuration des eaux, qui enlevait la schoute et les matières organiques solides, mais laissait passer le phosphore et les nitrates. L’effluent de l’usine était déchargé dans la rivière Yahara, en amont du lac Monona.

Résultat: les eaux du lac Mendota retrouvent leur clarté; par contre, le lac Monona  montre des symptômes inquiétants: des algues bleues-vertes s’épanouissent, poussées par le vents pour former des « matelas »  puants flottant sur les rives, au point que les résidents fuient leurs maisons lors des grandes chaleurs de l’été.

Aux grands maux les grands moyens: envouèye le sulfate de cuivre pour tuer ces vilaines algues!  On n’avait pas peur des produits chimiques à cette époque. De 1926 à 1936, 27 à 45 tonnes métriques (60 000 à 100 000 livres) de ce poison ont été déversés chaque été dans le lac Monona. Couic!

Traitement chimique au sulfate de cuivre du lac Monona -Photo: Madison Dept. Public Health

Ces additifs et les algues mortes forment des couches de sédiments riches en cuivre… qui sont toujours présentes. Attention à ne pas touiller le fond du lac!

Pendant ce temps, fidèles à leurs bonnes habitudes, les autorités construisent en 1928 une autre usine d’épuration qui déverse ses effluents dans la rivière Yahara, cette fois en aval du lac Monona! Problème réglé? Observez bien la photo ci-dessous… Les petites flèches vertes montrent le sens de l’écoulement des eaux.

Lacs de Madison (photo originale de Mike Kakuska pour la présentation de Richard C. Lathrop (2009) J'ai tracé les petites flèches en vert pour montrer le sens de l'écoulement des eaux.

Le lac Monona récupère, sauf que les lac Waubesa et Kegonsa, qui reçoivent ces eaux, développent – Ô surprise! –  des symptômes d’eutrophisation, avec efflorescence d’algues bleues, poissons morts, etc.

Ciel, que faire? Appliquer joyeusement du sulfate de cuivre…

Quant à la pauvre rivière Yahara en bas des lacs, ses eaux sont en piètre état. Tous ses poissons ont été tués par une explosion d’algues bleues en 1954.

Les scientifiques enquêtent, et mettent vite le doigts sur les sources ponctuelles de pollution, comme les égouts domestiques. Toutefois, on ignore les sources diffuses comme les engrais provenant des cultures.

Un autre problème se pointe à l’horizon: la pêche des gros poissons encourage la prolifération des algues. Comment?

Allez hop! Cascade trophique !

Les gros poissons mangent les p’tits poissons.
Les p’tits poissons mangent le plancton animal.
Le plancton animal mange les algues.

Quand on pêche trop les gros poissons, on se retrouve avec plus de petits poissons, donc il reste moins de plancton animal, et donc… plus d’algues, qui coupent la lumière vers le fond!!! C’est la cascade trophique, que j’ai illustrée ci-dessous.

Cascade trophique, mon interprétation d'un diagramme original de Brian  Parker et Lara Minja  en p. 173

C’est une interprétation libre d’un diagramme du livre en page 173 avec les niveaux trophiques.

Après les traitements chimiques, les manipulations biologiques

Fort de cette découverte, on s’est dit: ensemencons les lacs de poissons prédateurs, et ainsi on aura moins d’algues! Entre 1987 et 1999, 2.7 millions de jeunes dorés jaunes (Walleye), 170 000 brochets et plus de 100 millions de tout petits brochets (northern pike) et  dorés ont été jetés dans le lac Mendota. La clarté de l’eau s’est améliorée.

Toutefois, la rumeur a vite circulé parmi les amateurs de pêche sportive, qui ont convergé en grand nombre vers le lac Mendota. La pression de pêche, 6 fois la normale, a amoindri l’impact de la biomanipulation.

Aujourd’hui, les eaux des lacs sont en meilleur état qu’au début du XXe siècle, mais la population humaine grandissante (Madison étant la capitale du Wisconsin), et l’accumulation dans les sols saturés d’engrais font que même en stoppant la pollution, le ruissellement de surface lessiverait encore des nitrates et des phoshates pour plusieurs dizaines d’années (p.27).

Sur la carte suivante, les régions en rouge vif sont urbanisées, tandis que les beaux mauves représentent les terre humides, ces filtres naturels essentiels. Notez la grande surface des terres agricoles en jaune.

Madison - Usage du sol près des 4 lacs, carte réalisée par Tom Simmons, WDNR, tirée de la présentation de Lathrop (2009)

Des études récentes montrent que la restauration de la qualité de l’eau vaudrait 50 millions, en considérant les écosystèmes perdus.

Je vous encourage à consulter la belle présentation couleur de Richard C. Lathrop, Controlling Eutrophication in the Yahara Lakes: Challenges and Opportunities, présentée lors du Spring 2009 Community Environmental Forum UW-Madison Nelson Institute of Environmental Studies, en janvier 2009.

L’enquête progresse…
3 suspects

Revenons aux trois suspects dans cette affaire.

Les recherches ont mené les enquêteurs à soupçonner le phosphore d’être l’élément contrôleur dans la croissance des plantes. Les micro-organismes consomment les nutriments dans un rapport C/N/P optimal  d’environ 100/(4 à 5)/1. « Environ » car le ratio optimal C-N-P varie en milieu aquatique ou terrestre.

Le consensus s’est établi dès les années 60 parmi la communauté scientifique: le coupable, c’est surement le phosphore! Et du coup, on notait les effluents des villes, riches en phosphates provenant des détergents.

Tout  semblait bien aller, on se dirigeait même vers une législation pour adopter le NTA (nitrilotriacétate de sodium) à la place des phosphates, un produit qui avait été le plus sévèrement testé dans l’histoire des USA.

Saviez-vous qu’on aurait pu éliminer le phosphore des détergents dès 1969? À la place, les États-Unis ont a attendu 40 ans. Pourquoi?

L’industrie savonnière contre-attaque!

Le phosphate était beau, bon, pas cher, pourquoi le remplacer? Pour protéger leurs affaires, les entreprises savonnières (US Soap and Detergent Association) ont d’abord nié le rôle du phosphore dans l’eutrophisation des lacs, malgré toutes les études.

Ils ont interprété à l’envers  les conclusions d’une étude à long terme: « non, ce n’est pas le phosphore dans le lac qui cause les algues mais la présence d’algues qui cause le phosphore« . Cet argument n’a pas fait long feu.

Des scientifique à la solde des savonniers ont proposé que l’azote était l’élément contrôleur, suite à une étude réalisée sur le lac Érié. Or, il y avait une telle quantité de phosphore disponible  en raison de la  la pollution, que l’azote est devenu l’élément limitatif.

Ensuite, par une tactique maintenant connue (Révisez la saga des pluies acides et du réchauffement climatique), les savonniers ont publié un article incendiaire qui hurlait à la chasse aux sorcières « contre » le phosphore, condamné trop vite (ignorant le large consensus scientifique qui existait). L’article a tenté de détourner l’attention en proposant le carbone comme élément contrôleur. Le but inavoué était de soulever  les passions du public pour retarder l’adoption des mesures.

Les détergents protestent

La fausse piste du carbone

En 1969, une étude avance que le le carbone, mesuré sous forme de carbone organique dissout (COD), limite la croissance des algues. Inutile de dire que les compagnies de savon ont publicisé la chose, espérant que les limiers poursuivraient la piste du carbone.

Cette hypothèse reposait sur des échantillons d’eau en bouteille qu’on soumettait à des tests en laboratoire.

Or, un lac n’est pas un bol de soupe fermé, mais un écosystème qui interagit avec l’atmosphère et le bassin versant. Le Dr. Jack Vallentyne a donc mis en marche des expérimentations en taille réelle plus fiable que des « petites bouteilles ».

Pour tester l’hypothèse, ils ont ajouté au lac 227 du phosphore et de l’azote, dans carbone. Si le carbone est l’élément contrôleur, ce lac devrait demeurer oligotrophe. Le lac 227 montre les symptômes d’eutrophisation et en quelques semaines, une éclosion d’algues bleues.

Donc, le carbone est innocent votre honneur!

Un mystère demeurait: les mesures de carbone dissout varient entre le jour et la nuit; de plus, on remarque que les algues contiennent plus de carbone dissout. D’ou vient ce carbone en surplus?

Nos enquêteurs ne se découragent pas. On appelle à la rescousse un spécialiste en échange de gaz, le Dr Broecker.  Du carbone (sous forme de sucrose) a été ajouté dans un petit lac, le lac 304.  Rapidement absorbé par les algues, le carbone est – en à peine quelques heures – relâché dans l’atmosphère sous forme de CO2.

Le carbone se maintient constant car l’excès s’envole dans l’atmosphère. Et en cas de manque, les algues gavées de phosphore puisent le carbone de l’atmosphère. Voilà l’origine de ces lectures de carbone organique dissout alors qu’on n’avait pas décelé de source de carbone!

La vérité éclate grâce au lac 226!

Au Canada, on a aménagé des lacs expérimentaux pour des suivis à long terme. Certains de ces lacs ont aidé à identifier l’impact des pluies acides, ou l’émission de mercure dans des tourbières inondées par la construction d’un barrage. Mais le clou dans le cercueil des savonniers a été planté avec le lac 226, dans le nord de l’Ontario.

Il s’agit d’un lac en forme de sablier, qu’on a séparé en deux parties. L’une d’elle a reçu les très amigos P, C, N (phosphore, carbone, azote) tandis que la partie sud n’a recu que deux amis: carbone et azote.

La réponse est dans cette image :

Lac 226 après deux mois de fertilisation

Vue  rapprochée de la séparation du lac 226, photo glanée sur le site Lake Scientist, mais provenant de l’étude du Dr Schindler (le texte de cet article sur la Toile)

scientists used a curtain to separate two sides of a Canadian Lake. Carbon and nitrogen were added to both sides while phosphorus was added to only one side. A large algal bloom and consequent eutrophication is visually evident on the side where carbon, nitrogen, and phosphorus were added.

Concluant, n’est-ce pas?

On voit le côté bleu foncé (oligotrophe, de oligo, peu et trophe, manger) et le côté beurk (vert lime, eutrophisation avancée: invasion d’algues, baisse des populations de poissons, et plein d’autres conséquences)

Comme toujours, il a fallu le patient travail des chercheurs, et une étude à loooong terme en échelle réelle sur les lacs pour parvenir à la conclusion que le phosphore détient la clef de contrôle de l’euthrophisation des lacs.

***

Le Dr Schindler continue à veiller sur les eaux fraîches de l’Alberta, non sans se mettre à dos les politiciens. Lui et son équipe ont publié en 2010 un article concernant l’impact de l’exploitation des sables bitumineux sur l’eau de la rivière  Athabasca .

Avant de publier, j’apprenais la suppression du Experimental Lake Area (ELA) par le gouvernement fédéral, dans la foulée des compressions budgétaires.

Carburez en paix…

La canicule ayant chanté tout l’été
les industries pétrolières
se trouvèrent fort embêtées
d’attendre la première bise de l’hiver

Alors elles entonnèrent en choeur
leur berceuse habituelle

Consommez en paix
Carburez en paix
Dormez en paix

le climat ne se réchauffe pas, non, non.
Les savants se leurrent
nos profits nous confèrent
science et vérité infuses

Consommez en paix
Carburez en paix
Dormez en paix

Nada, nada, nada
rien de grave au Canada

et si la Terre meurt
ce sera de causes naturelles!

L'état probable  de la planète, quand les pétrolières cesseront de nier le réchauffement...

J’ai repris ce poème pour le Jour de la Terre.
La version originale, avec la caricature, ici

Pollution et climat: du cinéma à la démarche scientifique

En parallèle à mes activités d’écriture, je garde un oeil collé (mais pas trop) sur l’actualité et les sciences. Ce qui me permet d’observer les jeux des « controverses » qui agitent les médias face aux symptômes du réchauffement climatique.

Mentalité à tiroirs : Climat et pollution ne sont pas séparés

Les deux tiroirs

La dernière tendance dans le déni du changement climatique est arrivée: un article du The Globe and Mail dit aux écologistes de se la fermer, euh … « se concentrer sur les vrais problèmes» (la pollution, le smog, la perte des habitats naturels) au lieu du réchauffement de la planète qui est trop compliqué pour qu’on y applique une solution simple. On encourage les lecteurs soucieux de l’environnement de séparer le bon grain de l’ivraie.

Cette assertion suppose l’existence de deux tiroirs distincts: l’un appelé «climat» et l’autre «pollution», qui ne peuvent pas être ouverts en même temps. Lire la suite

Dites 33…

La savante folle a chaud!

33 degrés Celsius.

La température officielle dans la région de Toronto en cette fin d’août 2010. Ce matin, il fait déjà 28 à 10h30 et on annonce un smog. La température ressentie hier était de 38 degrés Celsius avec le facteur d’humidité. Les fontaines publiques étaient populaires, si on avait le courage de pédaler pour s’y rendre!

Ce qui m’inspire le poème suivant (la nouvelle de la caricature est passée à la radio hier, pour les détails voir ce site de Radio-Canada)

La canicule ayant chanté tout l’été
les industries pétrolières
se trouvèrent fort embêtées
d’attendre la première bise de l’hiver

Alors elles entonnèrent en choeur
leur berceuse habituelle

Consommez en paix
Carburez en paix
Dormez en paix

le climat ne se réchauffe pas, non, non.
Les savants se leurrent
Nos profits nous confèrent
science et vérité infuses

Consommez en paix
Carburez en paix
Dormez en paix

Nada, nada, nada
Rien de grave au Canada

Et si la Terre meurt
Ce sera de causes naturelles

Tobermory

Son nom sonne comme une vieille légende, mais Tobermory est une petite ville attachante construite autour d’un port, et adossée au Parc national marin Fathom 5 où repose une soixantaine d’épaves… La ville se trouve à la pointe de la Péninsule de Bruce, entre le Lac Huron et la Baie Georgienne.

Coucher de soleil de notre B&B

De notre petit B&B a Haran Point, les couchers de soleils sont magnifiques. PS, ça fait aussi de beaux fonds d’écran… Sur notre plage rocheuse, les arbres sont rabougris, frappés par les vents.

Le propriétaire a gentiment mis deux kayaks à notre disposition. J’en ai profité pour initier Frédéric, par une belle journée du 14 juillet.

En kayak vers le large

Le soir de ma fête, nous avons mangé au A Mermaid’s secret, un petit restau-boutique sympathique… pendant le repas,  un guitariste jouait des tounes des Beatles et d’autres classiques! Des francophones tiennent le B&B et le restaurant Molinari , qui proposent aussi leur crème glacée maison!

Le parc de la péninsule de Bruce

La baie Georgienne dans toute sa splendeur!

Le 16 juillet, nous faisons une randonnée dans le parc national de la péninsule de Bruce. Ci-haut, la Baie georgienne dans toute sa splendeur!

Escale dans le parc

Frédéric (de dos), Savante folle et Gilles

Carte du parc

La tour d’observation de 5 étages donne une vue à couper le souffle, mais il faut grimper beaucoup de marches… et ne pas avoir peur de la légère oscillation qu’on sent au sommet. Évidemment, Frédéric s’empresse de grimper au sommet, ce qui cause un peu de tourment à sa maman!

Tour d'observation du parc
Pas peur, moi!

Pour les ingénieurs en structure, notez les barres diagonales tendues, pour absorber l’énergie cinétique d’un séisme. En fait, c’est le vent qui fait osciller la tour au sommet, donc cette protection sert beaucoup!

Les orchidées

On retrouve au parc 44 espèces d’orchidées.   Les orchidées ne sont pas uniquement des plantes tropicales, il en existe plus de 60 espèces en Ontario!

Une très petite orchidée
Cypripède royal (sabot de la Vierge)

Gilles a pris beaucoup de clichés de ces fleurs.

Une petite Orchidee qui colonise les plages rocheuses

Il testait la fonction super-macro de sa caméra… Cette petite orchidée violette pousse sur notre plage. (Les roues en arrière plan servent à tirer un kayak vers le lac.)

L’ile Flowerpot

Le 17 juillet, on remet cela, avec un aller-retour en bateau vers l’ile Flowerpot.

En chemin, nous avons vu deux épaves, dont celle-ci., le Sweepstake, qui a coulé en septembre 1885 au Big Tub Harbour.  La coque est encore intacte.  (*This two-masted schooner was damaged off Cove Island then towed to Big Tub Harbour where she sank in September, 1885.  ) Heureusement, cet accident n’avait pas fait de victimes: pas de fantômes à craindre!

Epave sous l'eau

Ces épaves et d’autres sont très prisées des plongeurs, ce qui fait de Tobermory un pôle d’attraction pour la plongée sous marine. Plusieurs équipementiers spécialisés ont d’ailleurs pignon sur rue.

À bord du Blue Heron V, nous avons fait le tour de l’ile, le nom Flowerpot désignant deux manifestations de l’érosion des couches de dolomies par la base.

des fleurs sur le pot de fleurs géologique

Notez que c’est bien de l’asphalte qui a été badigeonné sur les sommets, afin de ralentir l’érosion. Le calcaire et la dolomie sont très perméables à l’eau…

le fameux "pot de fleurs"

Un escalier de bois donne accès à une grotte creusée dans la roche poreuse. Il s’agit de la dolomie silurienne formant les falaises blanches de l’escarpement du Niagara si,si! Comme le calcaire, la dolomie est poreuse et se dissout à la longue avec le ruisellement.

Plate-forme de la grotte
Pancarte

La forêt est magnifique, avec conifères et humidité. Gilles sur le sentier, s’appuie sur un rocher couvert de mousse.

Gilles en foret

Le cèdre et le sapin dominent la forêt. Les cèdres, que nous sommes habitués en ville à voir tout tassés et crochis dans des haies, atteignent une taille et un âge respectueux Sur l’île Flowerpot, on a trouvé un thuya âgé de 1845 ans, mort depuis environ 1500 ans.

sentier de l'ile Flowerpot

Une savoureuse escale

Les sympathiques bénévoles qui entretiennent les bâtiments des anciens gardiens du phare de Flowerpot Island nous ont conviés à une dégustation de poisson.

dégustation de "Whitefish"

et même, à participer à la création de crème glacée artisanale!

Michele secoue la boule de crème glacée

la boule de crème glacée en formation, agitée vigoureusement par la savante folle.

Le « ballon » est une sphère remplie de glace concassée, contenant un cylindreoù on a mis la crème, du sucre et un peu de vanille. À la fin du processus, on gratte les parois internes du cylindre pour obtenir une crème glacée très compacte (il n’y a pas beaucoup de bulles d’air.) ll faut bien secouer la boule très froide… pendant 20 minutes. Ça fait les bras!

la crème glacée artisanale

Puis, c’est la récompense! Mioume!

Coucher de soleil sur Tobermory

Difficile de résister à l’envie de montrer un autre superbe coucher de soleil, celui pris le soir de notre arrivée.

Cauchemar de jardinage

Un des grands plaisirs de la fin de semaine du congé de Victoria est de faire une peu de jardinage. Hélas, notre terrain avait  plutot l’air d’une pratique de la devise du Larousse « Je sème à tout vents ». Les pissenlits sont si magnifiques au début du printemps…

La savante folle découvre des pissenlits dans son jardin!

C’est la deuxième BD réalisée avec ma tablette Intuos.  Le plus difficile est de trouver la bonne définition, si éventuellement on veut le publier sur papier… Certains traits étaient trop fins et disparaissaient lors de la réduction.

L’avantage est qu’on peut mettre des gris qui se sauvent bien en jpeg. Mais c’est un bon 5-6 heures de travail, d’essais et d’erreurs.

Le prix Solaris 2010 gagné par la savante folle!

Ca fait du bien d’annoncer une bonne nouvelle de temps en temps.

 » Le Prix SOLARIS 2010 a été attribué à Michèle Laframboise pour sa nouvelle de science-fiction intitulée « Monarque des glaces ».


En septembre 2009, un webzine britannique avait invité des auteur-e-s à soumettre des flash-fictions, illustrant le futur dans cent ans dans un esprit de SF « mundane » selon la définition de l’auteur Geoff Ryman. Mundane veut dire pour moi, le plus terre-à-terre possible.

La prospective est un outil de réflexion essentiel pour les auteurs et amateurs de science-fiction. J’ai tout de suite puisé dans ma formation de géographe et noté des idées sur un futur écologiquement triste, desquelles j’ai tiré un embryon de texte. Hélas, j’ai vite dépassé la limite (très courte) de mots. J’ai laissé le texte en jachère et j’ai travaillé sur autre chose.

Un ou deux mois plus tard, j’ai repris le texte, et trouvé un point de vue spécial par un narrateur particulier. Puis j’ai laissé reposer.

Quand la tombée du concours pour le Prix Solaris approchait, j’ai retravaillé le texte, affiné le personnage et son environnement, ajusté le ton dominant de l’histoire… et de la fin. Le texte avait gagné en maturité et, comme un enfant dont on est fier,  je l’ai laissé partir.

J’ai reçu la bonne nouvelle la semaine dernière. Ca me remplit de fierté toute maternelle!  La récompense, généreuse, inclut la publication du texte dans le prochain numéro de la revue Solaris.

On trouve le communiqué officiel ici .

Une petite BD recyclée pour un sourire d’hiver!

Une auto écologique...

C’est l’hiver…

Si l’an dernier on se scandalisait des sommes pharaoniques accordées aux grands de l’automobile (sauf Ford,  qui n’a rien demandé), je rappelle que ces « grands » ont gardé les véhicules électriques sous le boisseau pour mieux exploiter la filière du pétrole. Ou, pour être plus gentil, ils n’ont pas déployé beaucoup d’efforts pour améliorer les batteries…

Alors, que cela fait au moins 40 ans que les médias et le public dénoncent la pollution et le smog causés par les combustibles fossiles… L’industrie continue de se trainer les pieds.

* voir ce clip de l’émission _Atome et Galaxies_ du 27 mai 1971.

Haïti qui n’en finit plus de souffrir

Sites d’aide :

Croix-rouge canadienne

Médecins sans Frontières

Vision mondiale

Radio-Canada

Mon seul commentaire:

Heille, la Terre, c’est la grotte de Ben Laden qu’il fallait secouer!

La Terre est une balançoire

Terre Ca fait 40 ans qu’on parle de « pollution« , d’écologie puis d’environnement.

Les changements climatiques sont devenus un débat commode et les plumes s’enflamment. « Grande messe écologiste »,  « catastrophisme », propagande », campagne de peur »… les mots choisis par certains commentateurs sont indicatifs non pas d’une position sereine sur le sujet, mais d’un désir de se laver les mains de l’état de la planète et de passer « à autre chose ».

La position sceptique ou « négationniste » sur le climat est largement subventionnée par des grandes entreprises qui préfèrent rester les bras croisés. L’argument comme celui des taches solaires (pigé sur un site sceptique) n’est pas valide pour expliquer les variations (le soleil existe depuis 5 milliards d’années!), pas plus que celui de l’alignement des planètes, de l’atmosphère martienne, etc. Mais ces arguments servent quand des entreprises et leurs porte-paroles subventionnés veulent se dédouaner des impacts d’un perturbation du climat qu’il est de plus en plus difficile de nier…

C’est une raison commode de se laver les mains des problèmes climatiques et de refuser de participer à l’effort pour rendre la planète habitable, préserver sa biodiversité non seulement biologique, mais sociale.

Or, PERSONNE, ni David Suzuki ni Al Gore, ni moi-même, ne DÉSIRE un réchauffement climatique. Personne ne prie le Seigneur Jésus à chaque jour pour que la planète se dégrade davantage, avec les milieux naturels et habités qui y sont liés.

Je ne VEUX pas de réchauffement climatique. Comme les grandes entreprises pétrolières qui ont une peur bleue de payer leur part des pots cassés ou de mettre en marché des autos électriques avant l’épuisement du pétrole, j’aimerais bien rester les bras croisés.

Sauf que ma formation en environnement m’en empêche. J’ai participé à une discussion sur les ressources pétrolières à l’été 2009 (lors du Congrès Anticipation 2009 à Montréal), avec des gens convaincus qu’il reste deux siècles de pétrole…  Alors je prend deux heures de mon temps, non payé, pour rectifier quelques détails.

Terre1) « Climat et environnement sont indépendants »

Environnement et climat sont – hélas- très liés. Le rayonnement renvoyé par un champ n’est pas le même que celui rendu par une forêt.

Un petit exemple proche de nous. Rien qu’en marchant dans Toronto, par une journée de canicule, on passe à travers une série de micro-climats qui ont un impact direct sur les plantes et les arbres qui essaient d’y survivre. Quand on passe des beaux quartiers ombragés de grands arbres aux édifices à condos, puis au béton du centre-ville, la température au sol augmente sensiblement. Et qui demeure dans les beaux quartiers avec des arbres?

Terre 2) « Pas besoin de rien faire, la technologie résout tout… »

Captage de carbone? Fort bien! J’approuve! Ça fait au moins 40 ans que les pétrolières savent qu’elles polluent! Voir ce clip de l’émission Atome et Galaxie (1970, pollution par le mercure) Si ces entreprises, avec les cerveaux et les Instituts qu’elles paient, s’en étaient préoccupées, ça fait longtemps que les émissions “polluantes” (on ne parlait pas encore de gaz à effet de serre) auraient été réduites, et que les techniques de piégeage du carbone auraient été mises au point.

Et voila que les mêmes entreprises qui refuseraient tout impôt « vert », toutes taxe sur le carbone, celles qui accusent les « groupes écolos » de profiter de subventions, tendent leur sébile aux gouvernements…

L’imagination ne se trouve pas qu’en territoire industriel. Je propose moi aussi des solutions technologiques pour limiter les dégâts, comme une « couverture polaire » pour augmenter l’albédo* des pôles et préserver le courant du Gulf Stream.

Les plus fortunés s’achètent une image « verte », évoquant des progrès technologiques. Et quand ces technologies ne suffiront plus, quand les milieux de vie seront irrémédiablement déréglés, gageons que ces fortunés se construiront une arche comme dans le film 2012…

Terre 3) « Les changements climatiques n’ont rien à voir avec l’action de l’homme  »

Vous rappelez-vous de la balançoire à bascule qui a bercé (littéralement) notre enfance? Il s’agit d’une planche posée sur un socle, avec des poignées aux bouts. Quand vous êtes assis au bout de la planche, vous exercez un plus grand moment de forces, votre poids a une grande importance. Et si vous êtes plus lourd que votre compagnon de jeu, vous vous placez plus vers le centre.

La  Terre est une grosse balançoire.

Elle oscille doucement, entre le chaud, le froid, le sec, l’humide… La planète subit ses propres changements, à la fois subtils et impressionnants.

Quand l’espèce humaine qui y a évolué à partir de quelques cellules,  sautillait près du centre de gravité de la balançoire, elle ne causait qu’une pression minime sur le milieu naturel et sa diversité biologique.

Depuis un siècle et demi, notre espèce exerce une plus grande pression par la pollution, la destruction des habitats naturels et surpopulation. Nous sommes assis plus près des « bouts » de la balançoire: nos actions accentuent les oscillations de la planète.

Et qui va en payer le prix ultime?

Les plus pauvres, les moins informés, les moins éduqués, le paient déjà, parqués dans des bidonvilles ou des camp de réfugiés.  Incapable d’agir sur leur milieu.

Réchauffement climatique ou pas, la richesse matérielle continue de se concentrer entre quelques mains. Les plus fortunés vont conserver leur train de vie, peu importe l’état de la planète. Ils accaparent déjà les meilleurs milieux, et en interdisent l’accès aux moins privilégiés…

*

Un exemple concret de l’accaparement des beaux milieux. À Dorval, un entrepreneur prospère s’est fait construire un superbe chateau de pierre blanche sur le bord de l’eau… avec des lions en marbre qui gardent l’entrée, des grilles en fer forgé, bref, un très bel édifice de 3-4 millions de $.

Par la suite, le ou les mêmes proprios ont fait adopter deux règlements pour contrer les curieux  qui allaient admirer le lac – et son superbe château, déjà protégé par une haute haie de cèdres – par la rue (une fin de rue ouverte sur l’eau, il n’en reste plus beaucoup).  Interdiction de stationner d’abord, puis, interdiction de circuler en voiture si vous n’êtes pas un résident. Les promeneurs peuvent encore y aller à pied, mais pour combien de temps?

*

Ne nous inquiétons pas pour la Terre. La planète va survivre… avec ou sans notre société. Comme un canot qui tangue un peu fort, la balançoire surchargée aux extrémités éjectera les humains par-dessus bord, avec une bonne partie de la biodiversité. Pour repartir à zéro. C’est arrivé avant.

Si on souhaite une planète habitable pour tous, on ne peut plus se contenter de se laver les mains du problème, en évacuant l’eau sale après… Pas de planète, pas d’économie!

Terre 4) Restons-nous les bras croisés?

On ne peut plus nier que d’importantes perturbations affectent la surface de la planète. Pour ne donner que quelques exemples:

  • Les terres humides disparaissent à un rythme effréné pour y implanter des banlieues (à Laval, Québec, il ne reste que 8% des terre humides d’origine) .
  • Noel 2004 a apporté un vilain cadeau aux populations de  l’Indonésie, des côtes du Sri Lanka et du sud de l’Inde, frappé par un Tsunami, les conséquences empirées par l’éradication des mangroves, ces plantes pleines de racines aériennes qui brisent les vagues, mais empêchent l’accès aux belles plages.
  • Le désert gagne du terrain au Sahara.
  • Dans le grand Nord du Canada, (sans parler des trous béants des sables bitumineux, qui requièrent une grande quantité d’eau), le pergélisol fond. Ça ne nous concerne pas, dans les ville du sud. Mais pour le milieu nordique, c’est une mauvaise nouvelle. Pour les autochtones qui avaient construits leurs villages sur pilotis enfoncés dans le pergélisol, c’est une mauvaise nouvelle.
  • En Afrique, des entreprises minières ont déplacé des populations qui vivaient de l’agriculture pour y puiser les minerais, et les relocalisent dans un autre milieu. Les populations déplacées y subissent la pollution des déchets miniers, et les enfants, tentés par le profit facile, fouillent ces déchets a la recherche de diamants…
  • On assassine encore des paysans qui s’opposent à la destruction de la forêt amazonienne.
  • Les conséquences sur la biodiversité et sur la qualité de l’eau, de l’air et des sols sont préoccupantes.  Cependant, ceux qui possèdent les moyens d’y remédier ne le feront que si forcés par les gouvernements ou par leurs clients.
  • Des camps de réfugiés,  climatiques ou politiques, il en pousse partout…