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Grandeurs et misères de la table de dédicace – 10

Le Fan qui veut être gentil et vous souhaite bonne chance

Ce gag est le tout premier qui me soit venu à l’esprit, mais pas le premier que j’ai dessiné. Il figurait en première page du recueil Séances de dédicaces publié par Fichtre.
cependant. Comme déjà expliqué, mes premiers festivals de BD se tenaient dans des lieux publics, fréquentés par des gens très gentils, mais ignorants des réalités du métier.

–  C’tu toi qui fais les dessins?

– C’tu toi qui écris les textes?

– C’tu toi qui fais les deux?

C’est étonnant comment les fans répètent ces questions, dans cet ordre, avec parfois des variantes. Notez que monsieur âgé du gag de la semaine précédente déclare « Donc vous faites les deux! » ce qui est plus subtil.

L’autre lieu commun que vivent tous les écrivains, ce sont ces bonne chance! pour faire pardonner que, malgré tous les compliments déversés sur votre table de dédicace, ils n’ont pas l’intention d’acheter votre livre/album de BD/oeuvre d’art/whatever!

Moment de confidence: après plus de 20 ans de salons du livre, je suis tan-née d’entendre ces deux mots, pourtant prononcées avec la meilleure intention du monde! Si j’avais reçu 1$ pour chaque Bonne chance! qu’on m’a souhaité, je serais multi-millionnaire aujourd’hui!

Quand on me dit: « Bonne chance« , mon subconscient entend: « Quelle artiste poche, tu fais tellement pitié que c’est seulement la chance, et non tes efforts, qui va te sauver! »

Je sais que le succès dépend de notre travail et aussi de l’heureux concours de circonstances qu’on appelle la chance. (J’en ai déjà parlé dans cet autre article.) Mais le sentier mental a été creusé trop d’années à force de l’entendre, ça me hérisse encore!

Finalement, j’ai trouvé la parade pour ne pas grimacer.

Quand un-e fan me souhaite bonne chance!, je souris de toutes mes dents et réplique, « Mais j’ai déjà de la chance: j’ai VOUS! Souhaitez-moi plutôt des lecteurs, beaucoup de lecteurs! »

ET ce n’est pas un mensonge, car chacun de vous est de la chance, pour sa famille, ses proches, son milieu.

—- BONI ! —-

Pour les curieux, voici les 5 premiers gags de la série: en 2012, avec trois romans aux fourneaux, j’ai pas eu beaucoup le temps pour mettre des BD sur le net!

Une heure à la table de signature: en dessins

Une heure à la table de signature: en photos!

La journaliste qui vous offre la gloire – en couleurs

Le fan très fier de son petit neveu bédéiste!

La consoeur de classe prospère! 

Grandeurs et misères de la table de dédicace – 9

Le fan un peu dur d'oreille

À l’époque de cette anecdote, les salons de la BD de Québec se tenaient dans un centre commercial. Ce qui explique la foule qui hantait les lieux, principalement  composée de retraités qui ne connaissaient pas tellement le médium, ou qui avaient gardé des souvenirs émus de leurs « Petits Mickeys » ou « funnies ». Les amateurs, eux, arrivaient plus en fin d’après-midi.

C’était monsieur Réal Filion qui organisait le Festival international de BD de Québec avec beaucoup d’enthousiasme. Toutefois, le centre commercial avait ses avantages (accessible, beaucoup de passants) mais aussi ses problèmes de logistique. Je me souviens des dessinateurs d’un fanzine dont la table de signature était coincée derrière une grosse plante en pot! Mon confrère Steve Requin en avait fait un gag savoureux dans le fanzine MensuHell, mais je ne le retrouve plus.  Et les toilettes des filles étaient à (quasiment) un kilomètre de ma table de signature…

Pour revenir aux personnes âgées, quand je signais auprès de Moebius, Walthéry et les plus occupés, des gentils badauds s’arrêtaient pour me parler. Évidemment, acheter mon album Pianissimo en noir et blanc ne figurait pas dans leurs projets. Ça a donné des discussions amusantes comme celle illustrée ici, et oui, j’ai dû répéter ce que c’était que la bande dessinée, que c’était un art, etc.

Ces personnes ont été toujours d’une amabilité sans faille, contrairement à certaines vedettes. Je garde un souvenir mitigé d’un auteur qui a refusé de me dédicacer son album, puis a suggéré de l’apporter au banquet du soir, puis… ne s’est jamais présenté audit banquet, me laissant traîner son lourd album (une compil!)  toute la soirée. Très drôle.

Par contre, très beau souvenir de mes rencontres avec Moebius, Walthéry, Léo, Servais, et les conseils techniques de mes confrères-soeurs du Québec.  Pour finir en beauté, voici un souvenir de Moebius, une courte dédicace dans le recueil Stargazer.

Un beau souvenir de Moebius. Merci!

Aujourd’hui le Festival se tient conjointement avec le Salon du livre de Québec, ce qui présente un gros avantage quand on publie des romans et des BD!

Grandeurs et misères de la table de dédicace – 8

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Douce réminiscence de mes premières années de dédicace, le fan qui, hélas, est sans le sou au moment où il/elle arrive à votre table de dédicace. Enfin, sans le sou… c’est relatif!  Et dans ce cas-ci, j’ai pu observer la chose à quelques reprises, lorsque je dédicaçais en même temps qu’un auteur plus populaire. Les gens se mettaient en file avec leurs tirage de tête (un tirage limité en gros format d’une BD, qui coûte au-dessus de 150 piasses).

À la défense des amateurs passionnés, il s’en trouvait parfois dans la file qui se sont intéressés ensuite à mes albums. Ça dépend grandement de la compatibilité des publics. Par exemple, les gens qui font la file pour Walthéry (Natacha, aventure-humour) se sont montrés fort sympathiques à mon travail. (L’inverse est arrivé mais je ne donnerai pas de mauvais exemple ici!)

« Ça a l’air bon ce que tu fais, mais j’ai pus une cenne »  

Dans sa forme plus polie, ça donne: « Désolé j’ai busté mon budget ».

Pour les ami-e-s écrivain-e-s autant que bédéistes*, c’est LA réplique numéro un entendue dans les salons, et qui revient souvent dans ces Grandeurs et misères de la table de dédicace!  Il ne faut pas en vouloir à ces braves lecteurs, car

1) les temps sont durs pour l’imprimé, les maisons d’édition se multiplient comme des petits pains (idem de l’offre!)

2) … et tombent comme des mouches (pas en même temps mais pour les petites maisons c’est un roulement continu) Idem pour les librairies frappées par le commerce électronique.

3) Quant aux grandes maisons, elles fusionnent. Conséquence: les éditeurs gèrent leur maison comme une entreprise et prennent peu de risques. Certaines maisons résistent vaillamment. Quant aux bédéistes… même ceux /celles qui survivent le font avec difficulté… ou s’épuisent à la tâche, guettés par le burn-out! Pour un meilleur état de la situation, voir cette présentation par JL Mast, une impressionnante compilation!

4) Pendant ce temps, les emplois, eux, filent en Asie, pour être remplacés par du temporaire-sur-appel, ce qui laisse moins de sous dans les poches desdits lecteurs.  (En attendant les emplois de haut-savoir dans le secteur de la recherche et des services, supposés remplacer ceux perdus)

Donc, multiplication de « petites maisons »,  augmentation du nombre d’auteurs publiés, et diminution des revenus: pas étonnant que le réflexe du lecteur-consommateur soit de se rabattre sur des « valeurs sûres » dont ils ont entendu parler à la TV ou la radio.

C’est dire qu’on va l’entendre encore souvent, cette réplique! Il vaut mieux s’armer de patience et le prendre avec un grain de sel. Après tout, quand quelque chose nous passionne, on est prêt à y mettre temps, argent, énergie!

Cette page de BD  a été reprise et reformatée à partir de ma série « Séances de signatures« , qui eut un bon succès au point qu’il ne reste plus d’album en circulation. Depuis, l’éditeur a cessé ses activités tandis que je poursuis les miennes.

* Oui je sais que beaucoup détestent ce néologisme et préfèrent dire « auteur-e de bandes-dessinées », mais il faut avouer que c’est un mot qui s’écrit pareil au masculin-féminin!

Grandeurs et misères de la table de dédicaces – 7

Histoire presque vraie inspirée par la rencontre d'un coloré collègue

À mes amis écrivains qui dédicacent leurs livres dans les Salons… je suis sûre que cela vous est déjà arrivé !

La saison des salons du livre et des lancements d’automne approche à grands pas. Préparez-vous psychologiquement avec la série « Séances de signatures« . Vous ne craindrez plus la table blanche!
Bon, la page blanche, par contre…

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Auto stop en AT-AT

Faire du stop sur un AT-AT...

Une première d’une série sur les avantages de l’auto-stop, avec mon amie Pascale. (Les deux troopers qui essaient de monter sont nos maris.) Le AT-AT a été dessiné à la main.

Les joies de la dédicace

Pour se préparer au salon de Montréal… un gag qui m’est vraiment arrivé, voila quelques années.

Le fan sans le sou...

 

(Mais c’était pas un Blueberry qu’il avait acheté!)

Carburez en paix…

La canicule ayant chanté tout l’été
les industries pétrolières
se trouvèrent fort embêtées
d’attendre la première bise de l’hiver

Alors elles entonnèrent en choeur
leur berceuse habituelle

Consommez en paix
Carburez en paix
Dormez en paix

le climat ne se réchauffe pas, non, non.
Les savants se leurrent
nos profits nous confèrent
science et vérité infuses

Consommez en paix
Carburez en paix
Dormez en paix

Nada, nada, nada
rien de grave au Canada

et si la Terre meurt
ce sera de causes naturelles!

L'état probable  de la planète, quand les pétrolières cesseront de nier le réchauffement...

J’ai repris ce poème pour le Jour de la Terre.
La version originale, avec la caricature, ici

Les joies de la dédicace

Jiraya Salon du Livre 2012

Je suis une fan de Naruto, au cas où ca ne paraîtrait pas assez… Et Jiraya est mon perso préféré dans la série, pas juste parce que c’est un écrivain!

Courses hivernales

Comment faire son jogging en hiver...

Les joies de l’hiver, quand on veut se garder en forme… Je cours 2-3 fois par semaine et en saison froide c’est un défi!

Au moins, mes voisins de rue musulmans trouvent que je suis bien couverte avec ma cagoule ninja…

Ouille!

Croquis inspiré par un mal de dos!

Bon ben… pas de pose de Pin-up pour moi non plus!

C’est une de ces journées où
1) le corps se venge de ne pas le sortir plus souvent
2) j’avais rien produit de bon.

J’ai pris une page de mon carnet d’esquisse et me suis dit, enwouèye, dessine quelque chose! Une minute ou deux, n’importe quoi, avant d’aller me coucher.

Ça a pris plus de temps le colorier et le scanner que de le dessiner.

Gare à l’iceberg de la recherche!

Quand j’écris un roman de science-fiction, la recherche est une partie essentielle de mon travail.

Trop de recherche peut nuire

Trop perfectionniste, j’ai tendance à m’y noyer!

Or, si le roman fini est encombré de longs paragraphes d’exposition, ces blocs lourds ralentissent le rythme de l’histoire — et l’intérêt du lecteur.

Beaucoup des gens qui me disent «Vous savez, je n’aime pas la science-fiction» ont plus peur de se perdre dans un dédale d’explications indigestes que de suivre des personnages attachants déchirés par des conflits intérieurs. Signalons que d’autres saveurs de la crème glacée littéraire, le roman policier ou historique, par exemple, exigent de la recherche (ou des contacts bien placés.)

Même pour la construction d’un univers de fantasy, une bonne dose de réflexion s’impose dans la gestion du surnaturel.

Aussi magique que soit ce royaume imaginaire, l’histoire doit rester ancrée dans la réalité. Combien de romans de fantasy, par exemple, démontrent un manque total de connaissances sur la biologie et les soins des chevaux? Valérie Bédard, amateure de fantasy, élève aussi des chevaux. Et elle est souvent consternée par ce que des auteurs font subir à ces pauvres bêtes…

Je me souviens avoir lu une histoire où les montures des héros galopent à bride abattue toute une journée jusque tard dans la nuit (12-15 heures), puis les malheureux canassons reprennent le même rythme dès le lendemain!

C’est comme vous demander de courir la distance de marathon (42 km) à votre meilleure vitesse (en 4-5 heures, pas en 12 heures) puis de vous faire recommencer dès le lendemain, sans que votre organisme ait eu le temps de récupérer de l’effort. J’ai couru des demi-marathons, et je sais qu’on a besoin de deux-trois jours pour récupérer! (Mercedes Lackey avait habilement contourné le problème des chevaux fatigués en créant une race de super-chevaux intelligents dans sa série des Hérald-Mage. )

Certains auteurs de SF ou de fantastique, trop fiers de leur patient labeur, parsèment leur roman de lourds blocs d’exposition sur lesquels trébuche leur lecteur! «J’ai souffert pour mon art, maintenant, c’est à votre tour! » D’heureuses interventions de mon directeur littéraire m’ont évité de commettre la même erreur.

Pour résumer, la recherche est comme un iceberg.

La partie émergée est le roman que vous lisez. Mais, quel que soit le nombre de pages, le plus grand volume du travail accompli se trouve sous la surface.

Trop de recherche ? Attention aux pointes qui affleurent à la surface et nuisent à l’approche du lecteur ! Celui-ci pourrait renoncer à mettre pied sur votre iceberg, ce qui serait bien dommage. (En ces temps de réchauffement climatique, imaginez un atoll charmant plein de palmiers, entouré de dangereux récifs de coraux!)

Pas assez de recherche pour soutenir votre iceberg? Votre histoire s’écroule sous les contradictions, les impossibilités, les erreurs logiques et les personnages minces comme du papier. Combien des sociétés féodales assemblées à la hâte ne tiendraient pas une semaine en économie normale !

«Faire ses devoirs» pour construire un monde imaginaire exige du temps mais comporte ses récompenses. Quand l’univers amoureusement construit repose sur de solides fondations, le résultat permet d’autres auteurs d’y participer! Deux exemples: La série Ténébreuse de Marion Zimmer Bradley, et de la série Honor Harrington de David Weber ont donné naissance à de nombreux enfants de papier.

La partie immergée d’un iceberg se situe autour de 90%. Pour un roman, cette partie cachée varie selon l’âge ou le niveau d’éducation scientifique des lecteurs.
Pour une histoire relativement simple qui vise des enfants, on peut diminuer la recherche, mais jamais l’éliminer! Ça fera un iceberg plus petit. Tandis que pour un pavé de science-fiction dite dure (La trilogie martienne de Kim S. Robinson) l’iceberg sera immense !

Parlant de littérature jeunesse, Hal Clement avait laissé beaucoup de ses recherches au-dessus de la ligne de flottaison… c’étaient les bon vieux jours de la science-fiction écrite, sans trop de concurrence des autres médias! J’ai quand même trouvé Needle, un roman destiné aux jeunes adultes avant que le terme adolescent n’existe, captivant.

Je vous ai dit que j’aimais la recherche ? Dans La spirale de Lar Jubal, qui vise les jeunes adultes, j’ai fini par mettre de côté… 99% de mes minutieuses recherches et calculs de physique appliquée concernant la station spatiale. Éventuellement, si jamais je publie une version adulte de ce roman de SF, je n’aurais pas à plonger trop loin !

Pour mon jeune public, j’ai coupé dans les « blocs » d’exposition et j’ai mis plus l’emphase sur les conflits entre les personnages et les scènes d’action, sans négliger les aspects visuels. Sur le plan psychologique, la course à la performance et l’épuisement au travail pour un projet qui n’en finit plus retiendra les lecteurs plus matures.

Néanmoins, j’ai quand même ajouté un schéma en début de roman.

Habitat de Lapsilis - avec le sens de la rotation

Ça aide les jeunes adultes plus « visuels » à se faire une image mentale de l’endroit où se déroule l’histoire.

Dans mon nouveau roman de SF, qui vise le groupe de « Oh, je n’aime pas la science-fiction« , il y a très peu de chiffres, mais davantage de descriptions des paysages, des conflits de loyautés, et des actions.

La planète et les aspects scientifiques se découvrent à travers leur impact sur la vie des personnages. Et je dois ménager, bien sûr, le sens de l’émerveillement (SOW en anglais) comme le suggère cette couverture du roman Les vents de Tammerlan.

Les Vents de Tammerlan

Impro BD au Bar à mots du Salon de L’Outaouais

Starring André St-Georges!

Impro BD du 26 février avec André St-Georges et la savante folle

Les deux premières bandes se sont vraiment passées comme cela, parce qu’on a joué dans le filage pour ouvrir les petites lampes sur les tables à dessin. C’est juste qu’il n’y a pas eu la grosse étincelle, mais André a bel et bien trouvé le powerbar avant moi!

André St-Georges nous a donné, en collaboration avec Sylvain Lemay, « Pour en finir avec Novembre » chez MG, une BD qui se passe au temps de la Crise d’octobre au Québec, et qui suit un groupe de gens en périphérie de cette crise.

L’impro BD a été organisée au Bar à Mots du Salon du livre de l’Outaouais  par Éric Péladeau (qu’on aperçoit en dernière image), directeur du Studio Premières Lignes, dont le logo orne le gilet d’André.