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Kayak sur la rivière Sauble Falls

Cet été, j’ai délaissé mon sous-sol frais pour monter au nord de l’Ontario avec le bon mari. Le contact avec la nature nous fait un bien immense. Et nous sommes retourné à Sauble Beach un charmant petit établissement sympa qui offre des chambres avec kitchenettes, et un usage à volonté de leurs kayaks, canots, planches, bicyclettes… et la plage, qui s’appelle désormais Saugeen Beach pour marquer l’appartenance de cette plage aux Premières Nations.

Michèle dans son élément !
la savante folle en kayak, photo prise l’an dernier

La rivière au petit matin est un endroit idéal pour observer les habitants ailés. Il n’y a pas de chalets mur à mur et une partie des rives ont été laissées tranquilles, colonisées par les pins rouges et les cèdres.

miroir parfait de l'eau
Au matin, la rivière est un miroir parfait!

Les grosses accumulations de plantes euthrophisantes notées l’an dernier ont été nettoyées, ce qui rend la navigation agréable pour tous. Et la Savante folle a finalement acquis des jumelles 8×42 de bonne qualité, ce qui facilite l’identification!

Les suspects habituels:

cormoran grincheux
Ce cormoran me snobe !

Les cormorans foncés, faciles à effaroucher.
les bernaches, Brenta canadensis, elles sont partout!
les canards mallard et leurs nichées qui ont la priorité !

la famille de canards passe
coin, coin, coin, laissez-nous passer!


les merles d’Amérique
les quiscales (anciens mainates bronzés)
les geais bleus bien criards aussi

les goéland à bec cerclé qui sont partout, partout! Ils n’ont as peur des humains mais il ne faut faut pas trop s’approcher pour la photo…

goéland irrité

Les goélands argentés, plus gros et moins grégaires, se tenaient plus en amont de la rivière.

Les sternes communes (Sterne pierregarin est le nom officiel) aux ailes pointues et au vol plein de vivacité. Pas de photo, hélas. Mais cette belle histoire, car l’espèce n’est pas si commune et est en déclin autour des grands Lacs.

Les découvertes:

Les martins-pêcheurs. Cet oiseau est fort peu discret. Il s’envole en chialant très fort quand une kayakeuse innocente passe trop près. Mon mari les confondait avec des geais bleus à cause des couleurs similaires. Mais quand on a vu la grosse tête ébouriffée d’un martin-pêcheur, impossible de les confondre. Le vol, aussi, est agité avec les ailes qui battent fort. Ils traversent souvent la rivière pour se poser sur une branche en hauteur, en attendant que ces fatiguants d’humains s’en aillent!

Le bruant chanteur : aaah, ce petit oiseau si discret et difficile à apercevoir quand il chante, bien caché par les feuilles des arbres… Le matin, il sautille au sol, en quête de graines. C’est un rare moment.

L’urubu (Turkey vulture) se perche sur des branches d’arbre en hauteur.

Le pir…, le pyg…, enfin, l’aigle à tête blanche qui est le symbole de l’ « Ontario du sud » survole parfois la rivière. Impossible de le manquer avec son envergure. Je déteste, j’exècre le nouveau nom de Pigargue à tête blanche (genre Haliaeetus) même si je comprends les raisons du changement de nomenclature.

Le Balbuzard pêcheur (osprey) Pendant mon séjour, un joyeux trio (groupe familial?) fréquentait la rivière. Les jeunes criaient beaucoup mais je n’ai pas pu repérer leur nid dans les conifères touffus. C’est spectaculaire de voir la méthode de pêche car le balbuzard repère les poissons de haut. Alors, quand la rivière est bien lisse au petit matin, sans la moindre vaguelette, il plonge!

La grande aigrette qui, toute blanche, se penche sur l’onde pour y ravir une petite proie. En pagayant près des bords, je vois beaucoup de petite poissons.

Grande aigrette, photo de 2024
Grande aigrette, photo de 2024

Le grand héron qui partage ce même territoire et lui, si mon kayak passe trop près, s’envole avec un air profondément ennuyé de se faire déranger! Mes photos sont hélas mauvaises.

Les bestioles!

La loutre se montre le bout du museau en faisant ses rondes d’inspection des bords de l’eau, de bon matin.

Des tortues peintes (painted turtles) grimpées sur des arbres morts pour se chauffer la coquille!

Et une grosse tortue serpentine (snapping turtle) se coule lentement contre les algues du fond de l’eau, avec sa longue queue hérissée de petites pointes.

Et des chaussures!

Les visiteurs qui vont voir ou se tremper aux chutes y perdent souvent des sandales. Donc voici une photo de l’arbre à gougounes, que des vacanciers laissent en hommage quand d’aventure ils ou elles en trouvent une qui flotte… ce qui m’est arrivé.

L'arbre à gougounes, en amont des chutes de Sauble Falls!
L’arbre à gougounes, en amont des chutes de Sauble Falls!

Des vacances reposantes

Ce séjour a aussi été l’occasion de rencontrer de bonnes personnes qui reviennent à cet endroit année après année. Kayak, nage, promenade, bicyclette et… lecture !

Car la ville de Sauble Beach compte beaucoup de ce que j’appelle des « bibliothèques sauvages » où on prend et laisse un livre! Évidemment, on y trouve beaucoup de bestsellers de Nora Roberts et James Patterson (pour ma part j’ai un faible pour les Jack Reacher de Lee Child), mais des perles s’y cachent. C’est ainsi que j’ai mis la main l’an dernier sur une biographie de Michelle Obama qui se lit très bien malgré ces temps difficiles.

J’aime beaucoup aussi rêvasser en regardent les chalets au bord de la rivière… l’un d’eux a un petit kiosque perché bien haut qui me semble un endroit idéal pour écrire! Ah, le luxe, pour moi qui travaille depuis notre sous-sol !

Un beau petit pergola pour écrire
Un endroit de rêve pour écrire!

Une aventure de l’intrépide Lady Byrd!

Image (c) Canva.com

Équipée de son guide Sibley, de son chapeau d’exploratrice et de ses fidèles jumelles, Amanda Byrd poursuit les volatiles les plus insaisissables, aidant parfois une âme en peine. Pour la première fois, l’intrépide observatrice doit amener sa turbulente petite-nièce en excursion, en ce jour si tranquille de SuperBowl… elle qui préfère de loin voir un Superb Owl!

Humour et humanisme pour les amateurs d’ornithologie!


Le jour du “Superb Owl”

Une aventure de l’intrépide Lady Byrd!

Notre guide pointa du doigt en silence une des foisonnantes branches d’épinette couvertes de neige. Je n’eus pas longtemps à chercher pour découvrir le résident, son plumage crème moucheté de caramel se confondant avec le décor, et sa face un grand cœur pale marqué par les deux billes sombres de ses yeux. Cet oiseau nocturne faisait de son mieux pour éviter la violente lumière du jour.

C’était rare de voir une chouette rayée de si près, par un après-midi de février : elle se perchait à une douzaine de pieds du chemin que notre groupe d’amateurs suivait. Sa taille, environ 22 pouces de la tête à l’empennage de sa queue, faisait que je pouvais me dispenser de mes Bushnell 8×42 pour le regarder. Il me semblait que je pourrais étendre le bras pour caresser le duvet sur sa tête ronde.

Non pas que je me permette un geste aussi impoli devant ma petite nièce! Mais la première petite-fille de ma sœur n’éprouvait pas la même retenue. Elle porta ses mitaines rouges en coupe devant sa bouche, ses yeux bruns brillant de malice.

— Hou, hooou! fit-elle.

Un œil sombre comme un abysse cligna sous une paupière crème. La chouette pivota sa tête comme une tour de tank pour investiguer la source du bruit.

La plupart des chouettes et hiboux avaient des iris colorés d’un vif orange ou doré autour de pupilles rondes. La chouette rayée avait des yeux d’obsidienne, du verre noir, les iris invisibles.

Cet oiseau nocturne ne bénéficiait pas d’yeux fendus comme ceux des chats pour minimiser la lumière entrante, aussi protégeait-il ses rétines sensibles en baissant les paupières.

Ses paupières duveteuse à demi-fermées lui donnaient un air de sagesse débonnaire ou d’ennui fatigué. Certains oiseaux comme le grand hibou montrent de superbes projections qui ressemblent à des oreilles pointues, mais ce ne sont en réalité que des plumes. Celles de la chouette barrée sont aplaties contre sa tête.

 Le mouvement de la chouette excita davantage la petite Mona.

— On dirait une boule de crème glacée au caramel avec des noix!

Je frissonnai.

On peut toujours compter sur les enfants pour parler de crème glacée en plein hiver, songeai-je.

Les couleurs de cet oiseau me rappelaient plutôt ce pull de laine trop grand qu’une de mes tantes adorées avait tricoté pour moi (elle avait oublié que les années d’adolescence étaient aussi des années de croissance.) Ce pull avait été blanc cassé avec des motifs brun clair, complètement à l’opposé des couleurs festives favorisées lors des années 1960. 

Je l’avais porté pour un temps, pour faire plaisir à ma tante, et comme camouflage pour observer les oiseaux. Éventuellement, les mites le découvrirent. Ma mère défit la laine et se tricota un foulards chaud avec.

Des décennies plus tard, je portais ce même foulard pour mes excursions d’hiver; ses teintes peu agressives faisaient moins peur aux oiseaux.

J’aspirai l’air frisquet à travers le foulard. Les basses températures m’empêchaient de sentir pleinement l’odeur des pins et la neige fraîchement tombée, mais la vieille laine était imprégnée de la patience de ma mère. Je portais aussi un sac à dos plus lourd avec une bouteille thermos et une collation.

Au moins, c’était une formidable activité d’aller compter les oiseaux un dimanche de « Superb Owl », comme nous l’appelions. L’habitude de sortir voir les oiseaux en ce dimanche particulier avait été lancée dans les années 1990 par une passionnée d’ornithologie et depuis, beaucoup d’amoureux des oiseaux avaient découvert à quel point ce dimanche était calme, tant dans les bois que les parcs urbains. Les foules de promeneurs se tarissaient en ce jour.

En ce moment, mon neveu, de même que la moitié de la population des États-Unis, se vautrait sur son divan en regardant des joueurs de football aussi colorés que des oiseaux qui se disputaient une incroyable somme d’argent. Même les commerciaux coûtaient jusqu’à plusieurs millions de dollars.

Ce qui veut dire que, le jour du SuperBowl, notre petit groupe d’amateurs avait à lui seul tout ce grand parc situé près d’Albany, NY, et ses multitudes d’oiseaux, incluant nos discrètes, superbes chouettes.

— Hou, hooou!

Du moins, si un de nous arrêtait d’effrayer les oiseaux avec son enthousiasme débordant.

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Conte de Solstice

(photo: Adobe Stock / Martin)

Le paria

ou : les joies du décompte d’hiver avec Lady Byrd

L’air sous zéro chatouillait l’intérieur de mon nez alors que je respirais à travers le foulard de laine d’acrylique enroulé autour de mon cou. À travers mes oreillettes, je percevais le bruit de nombreuses bottes tapant la neige tassée et les murmures de manteaux de nylon se frottant les uns aux autres alors que les membres de notre groupe d’amateurs d’oiseaux se resserrait.

Ce réflexe ancestral ma rappela les images de buffles se tenant en un cercle protecteur autour de leurs petits.

La pire chose qui pouvait arriver était de ne pas avoir assez de couches de vêtements; l’observation exigeait de rester immobile pour une longue période. La jeune guide du Birding Adventure Excursions donnait l’exemple, enveloppée dans un anorak Canada Goose bleu pâle, ses jumelles pendant comme un papillon de métal sur son ample poitrine.

Étant une observatrice d’expérience, j’étais habituée aux conditions difficiles. De la jungle brésilienne étouffante aux plateaux de Patagonie, en passant par des centres-villes enfumés, des rivages marins, des marais de Floride, j’avais épié des oiseaux de toutes tailles et couleurs.

 Mais, depuis la perte de mon cher Paul, je partais rarement seule en excursion. Surtout en hiver. Trop de risques de glisser sur une plaque de glace et de me casser les os, ou de perdre conscience et mourir de froid.

Le décompte de Noël de la société Audubon coïncidait cette année-là avec le solstice d’hiver, et le symbolisme du retour de la lumière m’apportait une grande consolation.

Certes, je n’étais pas seule ni abandonnée : mon neveu m’avait invitée pour le réveillon de Noël et la plus aventureuse de mes nièces planifiait me visiter au jour de l’An. Mais je sentais la noirceur gagner sur le monde, et j’avais grand besoin de lumière. Pas question pour moi de paresser au lit pendant le jour le plus court de l’année.  

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Le lieu choisi pour le décompte, une bosse rocheuse dominant un champ en pente douce, nous offrait une vue sans encombre sur des kilomètres. Dans mon dos, une forêt mixte d’arbres feuillus et de conifères; devant moi, le grand rectangle immaculé d’un pâturage fréquenté en été par les vaches.

La navette qui avait déposé notre groupe près du sentier était repartie vers un endroit plus accueillant pour le chauffeur, un casse-croûte à quelques kilomètres de là. Nos lunchs avaient été déposés sur les tables à pique-nique à la lisière de la forêt.

La guide avait eu fort à faire pour dénicher un site d’observation à la fois éloigné de la grande ville pour nous épargner le grondement des autoroutes, mais assez proche pour ne pas poser de problème en cas d’urgence. Cet endroit était en retrait de la banlieue, sans être perdu dans la nature sauvage.

Le sentier menant au site n’était pas trop long, pour ne pas décourager les plus âgés parmi nous. Toutefois, un couple traînait à l’arrière, avec deux jeunes enfants qui négociaient la montée à leur rythme.

Le grand sac à dos de la guide contenait une trousse de premiers soins et des bouteilles d’eau. Elle avait aussi le nécessaire pour une excursion, une chaise pliante et des couvertures, au cas où. En ce moment, elle dépliait un tripode, et y vissait une puissante lunette de visée 15×50 qui ressemblait à une baleine miniature nageant vers la surface.

J’approuvais cette précaution, car bien des débutants arrivaient sur le site avec des équipements défectueux ou de mauvaise qualité, leurs lentilles usées et brouillées.

Je fermai les yeux, me rappelant tant d’heureuses sorties. Avec mes parents, avec Paul. Les solstices d’été et d’hiver avaient été, dans l’Ancien Monde, des occasions de réjouissance. Puis l’Église avait inscrit ses propres cérémonies par-dessus les rites païens, et les solstices s’étaient effacés de nos consciences. 

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Un conte aussi court que le Solstice!

Une histoire de solstice d'hiver pleine d'oiseaux et de générosité!

Courez lire Winter Pariah sur mon site d’auteure sérieuse ici, pour 7 jours seulement! Une histoire de solstice d’hiver pleine d’oiseaux et de générosité! Pour obtenir les 35 nouvelles écrites spécialement pour cette occasion, allez voir sur le site du Winter Holiday Spectacular 2019.

Pour les curieux, voici ce que Kris a dit.

Winter Pariah

Genre/Mood: quiet

For the actual solstice, I decided to give you “Winter Pariah,” a story that takes place in the thin light of the shortest day of the year. Michèle Laframboise takes us birding, something I have never done, and creates marvelous characters along the way.

Michèle writes in both English and her native French. She also illustrates much of her fiction. Multi-talented doesn’t begin to describe her.

Her award-winning fiction includes nineteen different novels (in both languages), and over forty-five short stories, three of which have appeared in Fiction River (and two reprinted in Fiction River Presents) with more to come.

She writes about birding quite often, including a series about Amanda Byrd (whom you will meet here). A collection of Byrd stories will appear shortly. Find out when, and view some bird pics at michele-laframboise.com.

Michèle is a bird watcher herself. In fact, the last time she was here in Las Vegas, she and another writer/birder discovered a part of the city I had never heard of, where they saw some birds (maybe even life birds) that I hadn’t heard of either.

I simply don’t have the patience to stand outside and wait. (I can hear my husband laughing right now.) I would have to bring a book, which defeats the entire purpose of watching.

So I’ll experience birding vicariously. On the page. Which is where I prefer to experience many things.

Enjoy this delicate little story on this, the shortest day of the year.

—Kris

Un cardinal solitaire

Un cardinal solitaire dans la cours arrièreUn cardinal solitaire
se perche dans les vignes
de la cour arrière

Il me rappelle mon père
ornithologue amateur
qui me laisse tous ses guides

Image

Des voisins rapprochés par le froid

Des voisins rapprochés par le froid

Photographiés vendredi matin dans ma cour: un cardinal (Cardinalis cardinalis, on niaise pas avec le latin!) et un junco ardoisé (Junco hyemalis), voisins rapprochés par le froid, réfugiés au cœur des vignes.

Le cardinal, de face, dans toute sa splendeur: le froid, il s'en moque!

Ici: le cardinal dans toute sa splendeur… et son caractère têtu!

La savante folle aime souligner que tous ces oiseaux survivent en hiver grâce aux fruits séchés sur les vignes et arbustes de jardins, et de certains pommiers sauvages qui pré-dataient même le quartier. Il n’y a pas beaucoup de mangeoires dans le voisinage…