Archives de Catégorie: Société

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Mes cartes de souhaits, cette année…

Mon petit merci aux facteurs, dans le coin de l'enveloppe.

Ce que je mets sur mes enveloppes de cartes de souhaits, cette année… Un petit merci aux facteurs dans le coin de l’enveloppe.

Le message peut varier, et on peut dessiner une camionnette rouge et blanche, mais la boite aux lettres est plus facile à dessiner!

Le courrier ne sera plus livré de porte en porte par les facteurs. Il faudra le chercher dans des superboîtes (à distance de marche, j’espère!) Lire la suite

Le temps de dire les choses…

L'auteure courant aux événements

Même, en courant, je n’aurai pas le temps… pas le temps, comme dit la chanson. Voici chers amis du blogue de la savante folle, les sujets brûlants d’actualité que j’aurais souhaité commenter plus en profondeur, avec réflexion et caricatures. Là, je vous les offre en bouquet. 

Le musellement des scientifiques par Ottawa: Back in USSR !  Ou quand un gouvernement  préfère écouter ses astrologues que ses scientifiques. À ce sujet, rappel de l’affaire Lyssenko: ce scientifique protégé par le régime fut à l’origine d’une théorie génétique pseudo-scientifique qu’il parvint à imposer en Union soviétique pendant la période stalinienne. Un lac très eutrophié de la ELALe Experimental Lake Area, sauvé de justesse par le gouvernement de l’Ontario. Comment pouvez-vous boire un verre d’eau de robinet en toute confiance? Comment peut-on apprendre l’impact à long terme d’un polluant sur nos lac et nos rivières? Par la recherche et l’observation scientifique à grande échelle.

L’étude sur les éoliennes commandée par le fédéral, qui par contre a abaissé les critères environnementaux pour les pétrolières. On croirait que douze hélices géantes font plus de dommages que la destruction totale du paysage et la pollution des rivières voisines des exploitations de sable bitumineux

Le seul scientifique non muselé par Ottawa: Chris Hatfield et son compte Twitter! Ayant une formation en sciences et une bonne forme physique, j’ai longtemps souhaité être astronaute. Toutefois, après avoir pesé la chose, j’ai renoncé au dernier appel de candidatures. Car, même si mon mari avait pu laisser son travail, une savante folle-plus-astronaute aurait eu fort peu de temps libre pour écrire et dessiner, sans compter être présente à la famille! Cependant, ça me console de voir de si bonnes personnes porter haut et fort le flambeau de la science.LaframboiseManifEtroitLe désengagement de l’électorat qui a voté à 50 % en Colombie Britannique, en lien direct avec l’usage abusif des annonces injurieuses (attack ads) et mensongères contre les personnes qui s’engagent en politique. On prétend que « c’est ça qui marche »? Eh bien plus avec moi.
Si on adopte cette escalade, on peut aussi « désescalader » ce processus. Dans nos écoles, on adopte des mesures contre l’intimidation! Et c’est pour cela qu’une classe d’élèves d’Ottawa  écrit au premier sinistre Harper de cesser de recourir à ce type de publicité. « To the kids, she said the ads looked just like cyberbullying, which they’d learned about a couple of weeks earlier. »

Le trio d’excellent essais de Jean-Jacques Pelletier, et particulièrement son dernier sur Néo-Narcisse. Néo-Narcisse résume nos désirs d’extrémiste « soft » et le désengagement dont je parlais. On s’engage, tant que c’est pas trop forçant et qu’on  ne subit pas de conséquences désagréables. Pelletier et son nouvel essai

L’abus du terme « taxpayer » par ceux qui veulent réduire l’État, tout en donnant de généreux subsides aux  compagnies… et en fermant les yeux sur leur évasion fiscale. 21 trillions, c’est des sous… Et considérer les citoyens comme des porte-monnaie ambulants qui ne calculent que leur intérêt à court terme, c’est insultant et réducteur. Et tout le monde en paie, des taxes, quel que soit leur revenu: dès que vous achetez un sac de chips, ou que vous occupez un logement… vous payez des taxes.

– Dans le même ordre d’idées: les taxes qu’on paie au… privé! Les prix franchement abusifs, la corruption dans le secteur de la construction, et que le citoyens repaient. Notre maisonnée qui a payé son gaz naturel 4 fois le prix du marché pendant trois ans… à cause d’un clause de « protection des prix » qui interdisait d’en sortir sans payer d’énormes pénalités. Les prix abusifs en rénovation. – Les spéculateurs qui parasitent l’économie. Cette image parle fort: http://www.filmsforaction.org/watch/inside_job_2010/

– Lévasion fiscales des mégariches… qui redonnent quelques miettes en bal de charité en se targuant d’être des « créateurs de richesses », alors qu’ils ne font que la concentrer entre leurs mains! Ci-bas, une véritable « créatrice de richesse ». Oui, les artistes, scientifiques, modestes travailleur-ses créent la richesse, mais n’en bénéficient pas beaucoup… Le phénomène du trickle-down est en fait un trickle-up vers les agrégateurs de richesses. Artiste "du dimanche" en conserve

– Parlant de ruissellement: l’effondrement d’une usine au Bengladesh à Dacca, le 24 avril 2013, qui a fait plus de 1127 morts  -surtout des mortes – au dernier recensement, pour nos vêtements pas chers. Si nous sommes le « marché », il est temps de souhaiter la liberté et des bonnes conditions de travail… pour tout le monde! Je rappelle Germinal, ce roman d’Émile Zola.

– La disparition prochaine des émissions Dimanche magazine et Classe économique à Radio-Canada. J’espère que ces excellents reportages et ceux à venir vont se trouver un autre « nid ». Et qu’ils resteront disponibles sur Internet.

– Ce reportage BD ahurissant sous forme de fresque, une BD déroulante et déroutante avec des extraits sonores, concernant un bidonville en France…  Ce reportage de Monique Hervo date de 1962 mais vient d’être mis en images. Le plus extraordinaire, c’est d’entendre ces voix des réfugiés enregistrées voilà 50 ans… http://bidonville-nanterre.arte.tv/

– Et… le printemps qui arrive enfin!

Fleurs du prunus exotique

Signeriez-vous ce contrat?

Auteure au travail

Mon dernier roman d’anticipation (Le projet Ithuriel, édité chez David) qui se déroule à Montréal, compte une foule de « boulots-tempos », emplois contractuels précaires, contre une minorité d’emplois en finances et haute technologie stables. Hélas, pour beaucoup d’entre nous, cela devient réalité…

Les très puissants, ceux qui rient au nez des organismes réglementaires (comme le CRTC dans le cas de Québécor), peuvent imposer leurs conditions. Et des hordes de contractuels « autonomes » vont se battre pour  ces miettes comme dans cette scène de Germinal où les équipes de mineurs se disputaient les veines de minerais par des enchères… à la baisse!

LaframboiseManifEtroit

Notre avenir commence à ressembler à Germinal, écrit par Émile Zola en 1885…

Avatar de Cecile GladelLa planète écolo de Cécile Gladel

Transcontinental, maintenant TC Média, était l’un des bons clients des pigistes. Le contrat que l’on signait était respectueux. Malheureusement, ce n’est plus vrai. Le nouveau contrat de TC Media est indigne de notre travail. Ne signez pas.

Ne signez pas, collègues pigistes, car vous perdez tous vos droits, donc de l’argent à long terme.

Ne signez pas, car vous renoncez à vos droits moraux, à votre intégrité. Et surtout vous perdez votre crédibilité face à toutes les personnes que vous interviewez.

Ne signez pas, car être pigiste c’est aussi être solidaire.

Ne signez pas, car c’est la mort lente et triste du journalisme. C’est la qualité de l’information qui est en jeu.

Ne signez pas, car ces clients qui font signer des contrats indignes pourraient survivre en faisant signer des contrats équitables. Gesca le fait et semble bien s’en tirer. Pourquoi pas TC Média et Québécor?

Ne signez pas. Pourquoi…

Voir l’article original 394 mots de plus

Florilège pour des lacs expérimentaux

Un lac très eutrophié  - photo courtoisie de ELA

Quand vous avez mal quelque part, est-ce que vous consultez votre médecin ou votre astrologue?

Voilà une question qu’on pourrait poser au gouvernement Harper, à la lueur de ses récentes décisions dont le projet de loi 45 « mammouth » qui réduit le financement de la recherche sur les lacs et rivières, à moins qu’il s‘agisse de recherche possédant un avantage commercial. Et qui exclue 99 % des lacs de la protection de leurs eaux et de leurs rives!

Parmi ces décisions, il y a celle de mettre fin aux activités du ELA (expérimental lake Area), la zone des lacs expérimentaux couvre 58 lacs en Ontario  qui ont aidé à démontrer les effets à grande échelle de divers polluants chimiques. Situés dans le comté de Kenora, ils ont permis entre autres de démontrer l’effet du phosphore sur l’eutrophisation des lacs. Cette mission de protection du public fait-elle le poids contre une vision purement commerciale de la recherche ?

Lac 226 après deux mois de fertilisation. La photo a fait le tour du monde !

Cliquer ici pour un détail agrandi des deux parties du la 226

Comme je l’ai indiqué dans un autre article, la recherche scientifique est un processus long et ardu. Elle implique non pas un chercheur seul dans son laboratoire mais plusieurs équipes multidisciplinaires. contrairement aux à nos attentes de tout tout de suite », la recherche prend des années et demandes plusieurs échelles : depuis les essais en éprouvette de laboratoire aux expérimentations sur grande échelle. en passant par les étapes de vérification des données, consultations des pairs, publications dans revues scientifique avec comités de lecture…

L'enquête sur le rôle du phosphore a été beaucoup plus longue que ce dessin le suggère!

Avec un budget de fonctionnement de 2 millions par année, le ELA est beaucoup moins cher que les milliards accordés en subvention aux entreprises de sables bitumineux. Des milliers de personnes s’opposent à cette fermeture. Mais leur voix tombe-t-elle dans l’oreille d’un sourd?

Je n’apprécie pas qu’on affaiblisse ce pays et sa population en lui retirant une à une les balises de protection scientifiques. Car qui croire ensuite? Votre médecin ou votre astrologue? 

Bref, les scientifiques qui tiennent à protéger les eaux fraîches et la recherche fondamentale cherchent désespérément un milliardaire désoeuvré. Ou bien faut -il lancer un projet Kickstarter pour les Lacs?

Baie Georgienne - nos eaux douces, un trésor menacé par l'ignorance

La zone des lacs expérimentaux représentent un effort collectif pour mieux comprendre les procédés naturels et l’impact de nos activités sur les eaux fraîches et leurs myriades d’habitants. C’est un livre qui doit rester ouvert, comme les esprits avides de connaissances.

Ce mouvement de protestation pourrait aussi s’appeler Ignorant no More.

* Annexe *

Faute de temps pour développer ce sujet, je dresse la liste de sites utiles, de même que le site Sauver ELA.

Fight to save Experimental Lakes Area runs its course (http://www.kenoradailyminerandnews.com/2013/01/02/fight-to-save-experimental-lakes-area-runs-its-course)

Une réflexion fouillée par un scientifique paléogéographe, partie un et deux

Attention Bryan Hayes: This water issue hasn’t gone away (https://www.sootoday.com/content/news/details.asp?c=51916)

Liste des députés fédéraux – trouvez votre circonscription!

Le groupe Facebook pour soutenir le ELA. https://www.facebook.com/groups/saveela/

Quelques sujets de recherche entrepris avec les lacs expérimentaux depuis 1968:

pollution par les fertilisants et éclosions d’algues bleues
impacts des  “pluies acides” sur les lacs
restauration des lacs acidifiés
impacts d’inondation de réservoir
sources de mercure toxique dans les poisson
impacts des “changement climatique” sur les lacs
renouvellement de la végétation riveraine
impact de composés hormonaux mimics
impacts de l’aquaculture

Histoire d’eau: une enquête haletante sur l’eutrophisation des lacs

image de la savante folle batifolant dans son lac favori.

C’est l’été, et on se précipite vers une trempette rafraîchissante ! Mais pourquoi les eaux de nos lacs deviennent-elles gluantes et pleines d’algues?

La réponse dans ce livre publié par les Presses de l’Université de l’Alberta,  The Algal Bowl: Overfertilization of the World’s Freshwaters and Estuaries, par  David W. Schindler et John R. Vallentyne, spécialistes en biologie lacustre, spécialité de feu mon oncle Robert Lagueux, limnologue. Des Albertains écologistes, oui ça existe!

The Algal Bowl : Overfertilization of the World's Freshwaters and Estuaries

The Algal Bowl est un texte très pointu sur l’eutrophisation des eaux douces et des estuaires. Le livre comprend des cartes, photos, graphiques, mesures, statistiques. C’est une mine d’informations beaucoup plus fiables que des rumeurs ou des sites internet, et c’est pour cela que j’ai jugé utile de vulgariser son contenu.

Le titre est une allusion au fameux Dust Bowl des années 1930.

« In 1974, John R. Vallentyne predicted that by the year 2000 we would be living in an environmental disaster he called the Algal Bowl. Just as the Dust Bowl of the 1930s was created by misusing western farmland, he forecast that the continuing misuse of lakes could only lead to water degradation. « 

Au point de vue littéraire, je dois noter que le livre est très bien écrit, que le style comporte des très belles images.

*

Résumé de l’intrigue

On relâche de la chnoute, beaucoup de chnoute (matière fécale, engrais, donc matière organique) dans les eaux douces. La chnoute, pour se décomposer, absorbe l’oxygène dissous dans l’eau. Oxygène que les poissons, eux, n’ont plus à leur disposition, donc ils meurent, couic! D’autres organismes prennent leur place, modifiant les écosystèmes aquatiques.

L’euthrophisation des lacs est un meurtre silencieux dont les efflorescences d’algues bleu-vert (algal blooms), les cyanobactéries, nous avertissent. Ces microorganismes existent depuis plus de trois milliards d’années et sont naturellement présentes dans les lacs et les rivières, mais à de faibles densités, ce qui ne cause pas de trouble. Car, en forte concentration, les cyanobactéries, loin d’être de gentils végétaux, elles sécrètent des substances très toxiques qui tuent les poissons (et parfois, des baigneurs).

Comme les lacs sont peu bavards par nature, ce sont les chercheurs qui ont lancé les cris d’alarme, aussi tôt que dans les années 1960. En recueillant des observations et en faisant des analyses de l’eau des lacs affectés et des lacs intacts, les enquêteurs ont découvert trois suspects: le carbone, l’azote, le phosphore.  Lequel de ces trois éléments détient le contrôle de l’eutrophisation?

Interrogatoire de témoins: les lacs Mendota et Monona

Le phénomène d’eutrophisation a été observé des 1907, en Europe, pour décrire les changements dans les écosystèmes aquatiques causés par une hausse de l’apport de  nutriments provenant des plantes vers l’eau.

L’étude de cas de deux lacs de la ville de Madison (Wisconsin), les lacs Monona et Mendota, illustre l’impact du défrichages et de la culture avec engrais sur la faune et la flore du lac.

Les lacs de Madison: Mendota et Monona

Les colons, arrivés vers 1840, ont déboisé et défriché autour des lacs. En quatre décennies, les forêts ont fait place à des fermes, et Madison était devenue une ville prospère.  Sauf que des phénomènes étranges sont apparus dans le lac Mendota.

Dès 1880, des explosions d’algues bleues tuent des poissons dont les corps s’échouent sur les rives. Les déchets venant de la ville de 10 000 habitants à l’époque. Pour résoudre le problème, on n’a pas coupé les cheveux en quatre: érection d’un barrage pour rehausser les eaux du lac Mendota, drainage des marais (dont le rôle filtrant n’était pas encore connu), creusage de puits pour utiliser l’eau souterraine.

Enfin, on a construit une usine d’épuration des eaux, qui enlevait la schoute et les matières organiques solides, mais laissait passer le phosphore et les nitrates. L’effluent de l’usine était déchargé dans la rivière Yahara, en amont du lac Monona.

Résultat: les eaux du lac Mendota retrouvent leur clarté; par contre, le lac Monona  montre des symptômes inquiétants: des algues bleues-vertes s’épanouissent, poussées par le vents pour former des « matelas »  puants flottant sur les rives, au point que les résidents fuient leurs maisons lors des grandes chaleurs de l’été.

Aux grands maux les grands moyens: envouèye le sulfate de cuivre pour tuer ces vilaines algues!  On n’avait pas peur des produits chimiques à cette époque. De 1926 à 1936, 27 à 45 tonnes métriques (60 000 à 100 000 livres) de ce poison ont été déversés chaque été dans le lac Monona. Couic!

Traitement chimique au sulfate de cuivre du lac Monona -Photo: Madison Dept. Public Health

Ces additifs et les algues mortes forment des couches de sédiments riches en cuivre… qui sont toujours présentes. Attention à ne pas touiller le fond du lac!

Pendant ce temps, fidèles à leurs bonnes habitudes, les autorités construisent en 1928 une autre usine d’épuration qui déverse ses effluents dans la rivière Yahara, cette fois en aval du lac Monona! Problème réglé? Observez bien la photo ci-dessous… Les petites flèches vertes montrent le sens de l’écoulement des eaux.

Lacs de Madison (photo originale de Mike Kakuska pour la présentation de Richard C. Lathrop (2009) J'ai tracé les petites flèches en vert pour montrer le sens de l'écoulement des eaux.

Le lac Monona récupère, sauf que les lac Waubesa et Kegonsa, qui reçoivent ces eaux, développent – Ô surprise! –  des symptômes d’eutrophisation, avec efflorescence d’algues bleues, poissons morts, etc.

Ciel, que faire? Appliquer joyeusement du sulfate de cuivre…

Quant à la pauvre rivière Yahara en bas des lacs, ses eaux sont en piètre état. Tous ses poissons ont été tués par une explosion d’algues bleues en 1954.

Les scientifiques enquêtent, et mettent vite le doigts sur les sources ponctuelles de pollution, comme les égouts domestiques. Toutefois, on ignore les sources diffuses comme les engrais provenant des cultures.

Un autre problème se pointe à l’horizon: la pêche des gros poissons encourage la prolifération des algues. Comment?

Allez hop! Cascade trophique !

Les gros poissons mangent les p’tits poissons.
Les p’tits poissons mangent le plancton animal.
Le plancton animal mange les algues.

Quand on pêche trop les gros poissons, on se retrouve avec plus de petits poissons, donc il reste moins de plancton animal, et donc… plus d’algues, qui coupent la lumière vers le fond!!! C’est la cascade trophique, que j’ai illustrée ci-dessous.

Cascade trophique, mon interprétation d'un diagramme original de Brian  Parker et Lara Minja  en p. 173

C’est une interprétation libre d’un diagramme du livre en page 173 avec les niveaux trophiques.

Après les traitements chimiques, les manipulations biologiques

Fort de cette découverte, on s’est dit: ensemencons les lacs de poissons prédateurs, et ainsi on aura moins d’algues! Entre 1987 et 1999, 2.7 millions de jeunes dorés jaunes (Walleye), 170 000 brochets et plus de 100 millions de tout petits brochets (northern pike) et  dorés ont été jetés dans le lac Mendota. La clarté de l’eau s’est améliorée.

Toutefois, la rumeur a vite circulé parmi les amateurs de pêche sportive, qui ont convergé en grand nombre vers le lac Mendota. La pression de pêche, 6 fois la normale, a amoindri l’impact de la biomanipulation.

Aujourd’hui, les eaux des lacs sont en meilleur état qu’au début du XXe siècle, mais la population humaine grandissante (Madison étant la capitale du Wisconsin), et l’accumulation dans les sols saturés d’engrais font que même en stoppant la pollution, le ruissellement de surface lessiverait encore des nitrates et des phoshates pour plusieurs dizaines d’années (p.27).

Sur la carte suivante, les régions en rouge vif sont urbanisées, tandis que les beaux mauves représentent les terre humides, ces filtres naturels essentiels. Notez la grande surface des terres agricoles en jaune.

Madison - Usage du sol près des 4 lacs, carte réalisée par Tom Simmons, WDNR, tirée de la présentation de Lathrop (2009)

Des études récentes montrent que la restauration de la qualité de l’eau vaudrait 50 millions, en considérant les écosystèmes perdus.

Je vous encourage à consulter la belle présentation couleur de Richard C. Lathrop, Controlling Eutrophication in the Yahara Lakes: Challenges and Opportunities, présentée lors du Spring 2009 Community Environmental Forum UW-Madison Nelson Institute of Environmental Studies, en janvier 2009.

L’enquête progresse…
3 suspects

Revenons aux trois suspects dans cette affaire.

Les recherches ont mené les enquêteurs à soupçonner le phosphore d’être l’élément contrôleur dans la croissance des plantes. Les micro-organismes consomment les nutriments dans un rapport C/N/P optimal  d’environ 100/(4 à 5)/1. « Environ » car le ratio optimal C-N-P varie en milieu aquatique ou terrestre.

Le consensus s’est établi dès les années 60 parmi la communauté scientifique: le coupable, c’est surement le phosphore! Et du coup, on notait les effluents des villes, riches en phosphates provenant des détergents.

Tout  semblait bien aller, on se dirigeait même vers une législation pour adopter le NTA (nitrilotriacétate de sodium) à la place des phosphates, un produit qui avait été le plus sévèrement testé dans l’histoire des USA.

Saviez-vous qu’on aurait pu éliminer le phosphore des détergents dès 1969? À la place, les États-Unis ont a attendu 40 ans. Pourquoi?

L’industrie savonnière contre-attaque!

Le phosphate était beau, bon, pas cher, pourquoi le remplacer? Pour protéger leurs affaires, les entreprises savonnières (US Soap and Detergent Association) ont d’abord nié le rôle du phosphore dans l’eutrophisation des lacs, malgré toutes les études.

Ils ont interprété à l’envers  les conclusions d’une étude à long terme: « non, ce n’est pas le phosphore dans le lac qui cause les algues mais la présence d’algues qui cause le phosphore« . Cet argument n’a pas fait long feu.

Des scientifique à la solde des savonniers ont proposé que l’azote était l’élément contrôleur, suite à une étude réalisée sur le lac Érié. Or, il y avait une telle quantité de phosphore disponible  en raison de la  la pollution, que l’azote est devenu l’élément limitatif.

Ensuite, par une tactique maintenant connue (Révisez la saga des pluies acides et du réchauffement climatique), les savonniers ont publié un article incendiaire qui hurlait à la chasse aux sorcières « contre » le phosphore, condamné trop vite (ignorant le large consensus scientifique qui existait). L’article a tenté de détourner l’attention en proposant le carbone comme élément contrôleur. Le but inavoué était de soulever  les passions du public pour retarder l’adoption des mesures.

Les détergents protestent

La fausse piste du carbone

En 1969, une étude avance que le le carbone, mesuré sous forme de carbone organique dissout (COD), limite la croissance des algues. Inutile de dire que les compagnies de savon ont publicisé la chose, espérant que les limiers poursuivraient la piste du carbone.

Cette hypothèse reposait sur des échantillons d’eau en bouteille qu’on soumettait à des tests en laboratoire.

Or, un lac n’est pas un bol de soupe fermé, mais un écosystème qui interagit avec l’atmosphère et le bassin versant. Le Dr. Jack Vallentyne a donc mis en marche des expérimentations en taille réelle plus fiable que des « petites bouteilles ».

Pour tester l’hypothèse, ils ont ajouté au lac 227 du phosphore et de l’azote, dans carbone. Si le carbone est l’élément contrôleur, ce lac devrait demeurer oligotrophe. Le lac 227 montre les symptômes d’eutrophisation et en quelques semaines, une éclosion d’algues bleues.

Donc, le carbone est innocent votre honneur!

Un mystère demeurait: les mesures de carbone dissout varient entre le jour et la nuit; de plus, on remarque que les algues contiennent plus de carbone dissout. D’ou vient ce carbone en surplus?

Nos enquêteurs ne se découragent pas. On appelle à la rescousse un spécialiste en échange de gaz, le Dr Broecker.  Du carbone (sous forme de sucrose) a été ajouté dans un petit lac, le lac 304.  Rapidement absorbé par les algues, le carbone est – en à peine quelques heures – relâché dans l’atmosphère sous forme de CO2.

Le carbone se maintient constant car l’excès s’envole dans l’atmosphère. Et en cas de manque, les algues gavées de phosphore puisent le carbone de l’atmosphère. Voilà l’origine de ces lectures de carbone organique dissout alors qu’on n’avait pas décelé de source de carbone!

La vérité éclate grâce au lac 226!

Au Canada, on a aménagé des lacs expérimentaux pour des suivis à long terme. Certains de ces lacs ont aidé à identifier l’impact des pluies acides, ou l’émission de mercure dans des tourbières inondées par la construction d’un barrage. Mais le clou dans le cercueil des savonniers a été planté avec le lac 226, dans le nord de l’Ontario.

Il s’agit d’un lac en forme de sablier, qu’on a séparé en deux parties. L’une d’elle a reçu les très amigos P, C, N (phosphore, carbone, azote) tandis que la partie sud n’a recu que deux amis: carbone et azote.

La réponse est dans cette image :

Lac 226 après deux mois de fertilisation

Vue  rapprochée de la séparation du lac 226, photo glanée sur le site Lake Scientist, mais provenant de l’étude du Dr Schindler (le texte de cet article sur la Toile)

scientists used a curtain to separate two sides of a Canadian Lake. Carbon and nitrogen were added to both sides while phosphorus was added to only one side. A large algal bloom and consequent eutrophication is visually evident on the side where carbon, nitrogen, and phosphorus were added.

Concluant, n’est-ce pas?

On voit le côté bleu foncé (oligotrophe, de oligo, peu et trophe, manger) et le côté beurk (vert lime, eutrophisation avancée: invasion d’algues, baisse des populations de poissons, et plein d’autres conséquences)

Comme toujours, il a fallu le patient travail des chercheurs, et une étude à loooong terme en échelle réelle sur les lacs pour parvenir à la conclusion que le phosphore détient la clef de contrôle de l’euthrophisation des lacs.

***

Le Dr Schindler continue à veiller sur les eaux fraîches de l’Alberta, non sans se mettre à dos les politiciens. Lui et son équipe ont publié en 2010 un article concernant l’impact de l’exploitation des sables bitumineux sur l’eau de la rivière  Athabasca .

Avant de publier, j’apprenais la suppression du Experimental Lake Area (ELA) par le gouvernement fédéral, dans la foulée des compressions budgétaires.

Carburez en paix…

La canicule ayant chanté tout l’été
les industries pétrolières
se trouvèrent fort embêtées
d’attendre la première bise de l’hiver

Alors elles entonnèrent en choeur
leur berceuse habituelle

Consommez en paix
Carburez en paix
Dormez en paix

le climat ne se réchauffe pas, non, non.
Les savants se leurrent
nos profits nous confèrent
science et vérité infuses

Consommez en paix
Carburez en paix
Dormez en paix

Nada, nada, nada
rien de grave au Canada

et si la Terre meurt
ce sera de causes naturelles!

L'état probable  de la planète, quand les pétrolières cesseront de nier le réchauffement...

J’ai repris ce poème pour le Jour de la Terre.
La version originale, avec la caricature, ici

Vous aimez les criminels? Effacez le registre!

Lettre adressée aux députés conservateurs

Bonjour,

Vous êtes des pères et des mères de famille.

Vous faites buriner vos objets de valeur et aimez pouvoir retracer vos bijoux volés. Vous admettez l’importance des cours de conduite automobile et du contrôle de l’alcool au volant. Quand vous renouvelez vos immatriculations de véhicule, vous ne vous sentez pas considéré comme un criminel.

Quand votre médecin personnel vous avertit que vous consommez trop de gras, vous l’écoutez. Vous ne remettez pas sa science en question (1) parce que vous préférez consommer un sac de chips. Quand un jouet dangereux menace la santé des enfants, vous intervenez.

Sauf si ce jouet est une arme à feu : de la simple carabine au fusil semi-automatique de sniper, subitement, vous restez les bras croisés.

Contre les faits établis et vérifiés, contre les criminalistes et les policiers, vous évoquez un «désir de liberté », ou un « sentiment d’être traité comme un criminel ». Bref, tout comme pour le formulaire long du recensement et les peines de prison durcies, à la science, à la raison et aux faits, vous opposez un « feeling ».

Ce « feeling » a été construit de toutes pièces par la propagande des vendeurs d’armes. Aidés par des associations américaines, ils souhaitent protéger les milliards de dollars de la vente annuelle d’armes, d’étuis et de munitions au Canada. Ils font appel aux mêmes ressorts usés, de liberté mêlée de paranoïa et de haine de l’autre, en flattant l’orgueil du vigilante qui dort en nous. (2)

Si au moins votre gouvernement proposait une alternative… mais non. Rien. Aucune limite à l’acquisition d’armes par un individu. Comme une tablette de chocolat. Pas même le burinage obligatoire des armes. Ou un GPS intégré sur les armes. À croire que vous attendez un super-héros.

Je n’ai pas espoir de vous faire changer d’idée, ou vous empêcher de commettre cet autodafé. Il est clair que vous avez vu la Lumière et que la seule raison ne vous fera pas, au minimum, conserver sur le registre les armes d’assaut semi-automatiques, telles que celle utilisée pour le massacre à mon école en décembre 1989 et plusieurs autres actes similaires de vengeance, exercée par un « law-abiding citizen » frustré ou déprimé ou confus

Dans sa vision religieuse du Bien contre le Mal, votre gouvernement va faciliter la vie aux criminels qui pourront ainsi voler les armes aux proprios légitimes, ou acheter des armes et munitions pour en faire un trafic, impossible à retracer. (Oupse! Scusez, on m’a volé mon arme! ) De plus, il va forcer (je dis bien: forcer) des gens autrement très gentils à s’armer pour se défendre… et à tirer avant de poser des questions.

Conjuguées avec vos peines de prisons durcies et vos coupures de soutien social, l’effacement du registre va faire éclore une « petite » criminalité, celle contre laquelle vous sortirez vos gros canons de lutte au crime.

« Petite » criminalité, car elle sera le fait de pauvres types découragés et de jeunes filles privées d’avenir. Leurs accès de violence ou d’autodestruction fera la joie des amateurs de faits divers, faisant rouler notre coûteux système de justice et tous ceux qu’il enrichit. Des armes facile à acheter partout, des prisons bien remplies, des hôpitaux très occupés avec les victimes des traumatismes compléteront cette florissante économie.

Et la grande criminalité, la cupidité organisée profondément incrustée dans nos institutions et la finance? Votre silence est éloquent.

Vous avez donc bouclé la boucle, effacé d’un trait de plume des centaines d’heures de bénévolat que des milliers de citoyens, tout aussi respectueux de loi et d’ordre que vous, ont fait depuis le 6 décembre 1989 (mon 11 septembre à moi), pour tenter de limiter les dégâts.

Mais peut-être que vous recherchez sans vous l’avouer une certaine frénésie, le bruit et la fureur des armes, et le spectacle du crime né de la misère (3). Tant que les étincelles retombent loin de vous.

****

(1) Il serait utile de discuter de la limite de la science que vous acceptez dans votre vie quotidienne vs celle que votre idéologie rejette.

(2)  Et en maintenant la confusion entre une « interdiction » de posséder des armes et un contrôle. Aucun chasseur de ma famille ne se sent mal en allant renouveler son immatriculation de voiture, ou enregistrer son arme.

(3) Le cauchemar décrit dans  The Hunger Games parait terriblement proche.

 

La main invisible

La main invisible

(une courte histoire du marché)

1

Mon père est le troc
ma mère la propriété privée
je suis leur enfant aveugle

ma main invisible
tisse la toile
où se débattent les forts
où s’engluent les faibles
je suis ma propre loi
au-dessus des lois
celle de la jungle

où offre et demande
copulent en toute liberté

Je suis le marché

dans mes veines
circulent l’or l’argent
la myrrhe et l’encens
rivière de désirs en Bourse
dévalant la pente du plus offrant
je couronne des rois éphémères
qui crashent le lendemain

TSX 300
Standard&Poor’s 500
New-York Toronto
Amsterdam Tokyo Londres

J’aime la panique
qui secoue les planchers
quand les moutons de Panurge
galopent vers leur liberté 55
vendent tous en même temps
et se jettent du haut de la falaise

mardi noir de 1929
effondrement de la bulle technique
mercredi des Cendres

Je suis l’entonnoir
de la frénésie boursière
le trou noir de la compétition
le gouffre des bonnes intentions
la glaise des fusions d’entreprises
toujours plus grosses
mariage d’actifs
béni par le Ministre
ferment de richesses
toujours plus concentrées

le capitalisme est mort
vive le monopolisme!

2

Je me souviens
des aventuriers
flottes marchandes lancées
sur les océans du globe
forêts tropicales brûlées
forêts nordiques rasées
fières tribus décimées
traite des fourrures
commerce de diamants
trafic d’esclaves

colonies africaines exsangues
bues jusqu’à la dernière goutte

Je suis le marché
de l’or noir
derricks vampires buvant
le sang épais de la Terre
répandu dans les océans
par les mastodontes flottants
cent Exxon Valdez trébuchant
sur les récifs du nord brisé
cent mille goélands maculés
titubant sur les plages souillées

toujours affamé
je mordrai à bonne dents
dans la chair juteuse de la planète
jusqu’à son noyau liquide
de fer-nickel

que j’aspirerai
avec une longue paille

3

Je suis la ronde joyeuse
des soldes à ne pas manquer
Halloween Noël Boxing Day Pâques
fêtes des mères des pères
des secrétaires alouette
départ de vacances
retour à l’école
entrepôts géants aux soldes calculés
pour écraser les petits commerces
regarde la guerre des prix

mon épicier est devenu
caissier au Mega Mart

Je suis le bidouilleur
des hypothèques branlantes
des taux accordéons
des monnaies volatiles
des maisons perdues
des faillites ordonnées
des familles enchaînées
à leurs cartes de crédit
c’est comme le Titanic
les riches en canot de sauvetage

les pauvres noyés
dans leurs dettes

Je suis le fournisseur
des prisons privées
pleines des corps tombés
entre les mailles du filet
jeté sans conviction
par les gouvernants
castrés endettés en diète
leur déficit ceinturé
par les promoteurs

réfugiés dans leurs quartiers murés
avec garde prétorienne à la clef

Je suis la call-girl
assouvissant les désirs
de la cupidité organisée
trônant au sommet de la pyramide
sans voir sous leur pieds
les enfants des ruelles
vendeurs de drogues
et trotteuses de minuit
fuyant les escadrons de la mort

je parle par la bouche
de vos fusils

Je suis le marché
import-export
du made in China
des self-made men
qui ne sentent pas
les odeurs décrépites
des usines abandonnées
délocalisées déménagées

près des taudis où s’empilent
travailleurs et rats

je suis le Free Trade
bâti sur l’esclavage
et les servitudes héritées
des coupeurs de cannes
celui des zones franches
maquiladoras
mangeuses d’ouvrières
usées jusqu’à la corde
par les journées de quinze heures
leurs poches vides
leur estomac creux
et consommées elles aussi

comme les huit cents roses
écrasées à Ciudad Juarez

je suis le marché
des guerres civiles
en mon nom tombent
les démocraties
vous êtes libérés
proclame le Titan
en installant un tyran
sur le trône criant
sentez-vous bien libres
d’acheter mes biens
au prix que je vous dicte

sinon
(points de suspension)

Je suis la course
au champignon nucléaire
pour faire peur au voisin
lui voler sa place
sur l’échiquier
aux armes citoyens
je suis la course aux munitions
pour mieux trucider son prochain
Je suis la course à l’espace

vite vite trouvons un autre monde
à vider de ses ressources

4

Je suis le marché
de la bonne conscience
de la charité bien ordonnée
qui commence par soi-même
fondations à gogo
dames patronnesses
rois du pétrole anoblis
nababs au bras de starlettes
brillant de tous leurs feux
dans les bals de bienfaisance
écoutez ces évadés fiscaux
chanter la main sur le cœur

we are the world
we are the people

leur main droite distribue
au compte-goutte
la manne aux indigents
leur main gauche
dissout leurs économies
spécule sur leurs rentes
cache leur magot au Bahamas
détruit leurs syndicats
car il faut toujours se garder

une provision de pauvres
à qui faire la charité

Je suis le marché
des preachers
qui vendent l’éternité à rabais
sous une tente rayée
blanche et rouge
qui condamnent les péchés de chair
qui pardonnent les péchés véniels
moyennant espèces sonnantes
celui des born-again Christians
qui ont oublié le Christ
mais pas le cash

praise the Lord !
vous irez tous au paradis fiscal

Je suis le marché des médias
dont le regard de Big Brother
vous fascine
les feuilles à scandale
qui attisent la haine
envers
ces pelés
ces galeux
ces pouilleux dépouillés
qui tendent la main
mais que fait la police
barrez vos portes
et surtout n’oubliez pas

de donner généreusement
aux dames patronnesses

Je suis le Léviathan
de l’agrobusiness
qui brevette la nature
clone et copie
au nom de la liberté
imposant ses semences
génétiquement merveilleuses
aux familles besogneuses
arrosées de pesticides

5

je suis le marché aveugle
et pourtant j’entends

gémissements de l’ouvrière
sous les coups du contremaître
pleurs étouffés de la fillette
aux doigts saignants
cris des marcheurs
qui défient les gaz
ricanement sec des mitraillettes
dernier soupir
du syndicaliste assassiné
en mon nom encore
tout comme ont disparu

Chico Mendes
Iqbal Masih
Digna Ochoa y Plácido
et tant d’autres

je suis le marché
des volontés qui s’affrontent
de dispute en dispute
ma main devient plus visible
voyez la laine tondue sur votre dos
qu’on vous revend au prix fort
voyez les haillons des ouvrières
des enfants-soldats des parias
voyez sur la grande Toile
ces fils d’araignée qui lient

les humbles tisserandes
à vos robes griffées

je suis le reflet de vos désirs
la somme infinie
de vos gestes
de vos courages
des vos marches
de vos Porto Alegre
de vos imaginations débarrées

pour construire à neuf
des milliards de voix
murmurent tout bas

otro mundo es posible

6

je suis le marché
aux yeux grand ouverts
et je vois
brillant à l’horizon
un étrange New Deal

achat partage
de bon voisinage
pays solidaires
prospérité équitable
maisons vertes
fleurissant partout
abus domptés
nature guérie
la Terre apaisée
la peur vaincue
l’indifférence en fuite
la dignité revenue

étrange
je ne savais pas
que j’avais une âme

et huit milliards de corps

7

Nous sommes le marché
humanité présente et future
force créatrice de l’univers

espace de libertés multiples
lieu d’échanges
odeurs mêlées
épices et fruits
tissus chatoyants
tournoyant aux quatre vents
feux sans artifices
les enfants du village global
courent sautent rient et chantent
sous l’œil joyeux des parents
discussions passionnées
toutes langues confondues

*

Nous sommes le marché

et désormais
nous marchons
ensemble

*

Une version de ce poème a été récitée en public à la Nouvelle-Scène d’Ottawa le 30 septembre 2010, lors du lancement du recueil Haiti je t’aime. la présente version à été remaniée pour l’événement spécial « Occupons Wall Street« 
Pour les curieux, voici la version anglaise ici.

Merci…

En ces temps de tristes souvenirs, j’en profite pour remercier humblement tous les pilotes des lignes aériennes que j’ai fréquentés avant lesdits événements, et qui annonçaient, un peu avant l’arrivée: « Ceux qui veulent visiter le cockpit, mettez-vous en ligne! »

Et je me mettais en ligne avec les autres passagers curieux. J’étais touchée de la confiance que ces professionnels mettaient en moi, pour ne pas toucher les pitons rouges, jaunes, bleus… Et c’était un plaisir d’échanger quelques mots avec eux.

Ce fut un temps de confiance qui sans doute mettra beaucoup de temps à revenir, quand la race humaine dans son ensemble aura évolué passé la haine et l’ignorance, ou quand on aura adopté des dirigeables géants…

Ah, quand reviendront les dirigeables...

Je vous remercie, tous et toutes, d’avoir eu confiance que je ne ferais pas de bêtise. Voyager avec vous, c’était traverser  un petit village où tous se connaissaient, ou personne ne barrait sa porte (j’ai connu un peu cela dans un bloc-appartement à Côte-des-Neige, dans mon enfance.)

Je sais comme vous qu’un jour, cette confiance a été brisée. La peur est entrée dans le petit village paisible. La haine, dont j’ai déjà expliqué la mécanique ici, marche avec la peur. C’est un entonnoir qui évacue la pensée, l’amour et l’empathie.

Ce dessin est pour vous.

Il fut réalisé pour la convention Anticipation 2009 de Montréal, et j’ai voulu évoquer une image d’un futur convivial.

(Pour les inquiets: les avions chauve-souris escortent le dirigeable et vont passer par-dessous pour impressionner le public!)

La Terre

Merci !

 

Une page de cerf-volant

Vous vous souvenez du brouillon de page, ce printemps? Revoici la même, encrée et en tons de gris!

Maitresse des vents

C’est un extrait de ma BD « Maîtresse des vents« , publiée dans le numéro 7 du magazine de science-fiction et fantasy  Nexuz3 (édité par Gérard Lévêque) qui vient de sortir. Nexuz3 est disponible dans les librairies spécialisées au Québec. Les BD sont toutes de très bon calibre et méritent le détour!

La page m’a demandé peu de travail pour la mise en tons de gris, parce que j’ai moins « tété » pour dessiner mes blancs et noirs. On remarquera aussi que j’ai enlevé plusieurs cadres, ce qui fait mieux respirer la page. La fonction « dégradé » est très utile, pour donner un effet de profondeur comme dans cette page-ci.

Ceux-celles qui observent le brouillon noteront que j’ai rogné sur le rocher à la fin et légèrement déplacé le cerf-volant qui s’envole.

Maitresse des vents se déroule dans la civilisation de super-jardiniers, plusieurs années avant le cycle de La quête de Chaaas.

***

Une note, la mort  de Jack Layton nous rappelle que le cancer est une maladie révoltante. Pensez-y: un paquet de cellules en désordre parasitent et, trop souvent hélas, tuent des êtres humains intelligents! J’ai donc été touchée par la lettre qu’il a écrite (ou dictée, dans son état de faiblesse) pour les Canadiens.  C’est une excellente idée, et ces mots nous insufflent plein de courage pour faire face aux difficultés.

Cette caricature de Garnotte (journal Le Devoir) est empreinte d’un symbolisme qui fait mouche. Soyons tous des tuteurs droits et généreux pour les jeunes arbres!

Caricature de Garnotte dans le Devoir

Votez et voyagez dans le temps!

Le sablier conservateurLa machine à voyager dans le temps de Harper vous enverra soixante ans dans le passé!

Ne manquez pas votre chance de vivre dans Conservatopia, une société rétrograde et superstitieuse, où les preuves scientifiques seront ignorées en faveur de «gut-feelings» et des astrologues. Oupse, je voulais dire «idéologues».

Sur une vingtaine de sujets, comme le contrôle des armes à feu, le recensement, la protection de l’environnement et du climat, les droits des femmes, des gais, les crimes et châtiments, notre pensée sera modelée par les idéologues. Des rengaines simplistes seront imprimées et répétées par la médiasphère pour susciter les émotions primaires. Les droits acquis seront lentement égrenés dans le sablier…

De même, les travailleurs sur appel désormais privés de protection apprendront à admirer les Chevaliers de la table industrielle. Cette table sera bien garnie, depuis le « bail-out » des banques et les lourdes subventions accordées aux industries pétrolières.

Bientôt, le seul vestige du filet social seront les bals de charité organisés par les grandes fortunes tout en mettant un peu de sous dans des paradis fiscaux. Et, bien sûr, l ‘ »économie » fera en sorte de renouveler la réserve de pauvres qui auront besoin de généreux donateurs. Quant aux artistes, seuls les plus populaires se hisseront au sommet, et tant pis pour les autres «élites» qui auront à survivre dans des emplois difficiles. (Mais les élites financières sont approuvées, car elles peuvent faire taire leur opposition par des poursuites légales).

Les criminels seront vus comme des mauvaises herbes qui poussent dans des quartiers défavorisés sans raison. Les Premières Nations ne verront pas beaucoup de différences entre maintenant et 1950. Elles continueront à être laissées pour compte, privées de dignité et d’eau potable, leurs communautés ravagées une fausse-note à notre prospérité.

En Conservatopia, vous pourrez voir les femmes retournées à leur juste place, en respectant les valeurs de la famille des années cinquante!

Leurs droits ne seront jamais directement attaqués, bien sûr: ils seront lentement, très lentement érodés, toute tentative de prendre leur vie en mains subtilement découragées, leurs associations privées de subvention, les jeunes filles subissant la pression de conseils debeauté et les annonces des petites culottes strings. Les femmes sont libres, mais la conciliation travail-famille deviendra un casse-tête, jusqu’à ce que le seul endroit qui leur restera sera la sécurité relative du foyer (de préférence avec une arme à feu, méfiez-vous des criminels qui courent partout!)

Comme la contraception tombera en disgrâce au profit de la course à la vertu d’abstinence, les grossesses non désirées augmenteront. Les filles et les femmes n’auront d’autre choix que d’endurer leur situation, de fuir ou de mourir (comme dans les pays du Tiers-monde).

Avec la puissance des médias monopolisés, les citoyens… non, les payeurs de taxes seront conditionnés à se méfier de leurs élus (ces fonctionnaires paresseux qui engloutissent notre argent durement gagné!), Les syndicats et groupes de défense sociale (ces artistes paresseux!). Bientôt, les plus crédules parmi nous réclameront la venue d’un dictateur bienveillant mais ferme, avec une belle coupe de cheveux.

Mais pas de moustache.

Vers un avenir glorieux et privatisé!

En votant pour la Harper’s Time Machine, vous verrez aussi un avenir glorieux! Comme la taille du gouvernement diminue et que les grandes fortunes se concentrent entre moins de mains, la porosité entre les entreprises et le dictateur bienveillant devient plus intime. La délocalisation des emplois se poursuivra. Les sans-abri éduqués deviendront un spectacle fréquent dans nos rues.

Les grandes fortunes reserreront leur emprise sur la médiasphère, affichant les nouvelles qui favorisent la croissance de leurs profits. Tous les besoins sociaux et culturels seront fournis par le secteur privé. La population devra se fier sur eux pour leurs sources d’information (la criminalité est endémique! Ayez peur, verrouillez vos portes, armez-vous, et donnez généreusement aux organismes de bienfaisance!) D’autres voix, privées de financement vont diminuer et mourir. Les citoyens auront une liberté de parole, sans réel pouvoir de changer leur condition.

Bien que cette élection s’appuie officiellement sur l’économie, je rappelle que le crime est une très bonne chose pour le PNB (Produit National Brut). La criminalité assure un cadre de vie affluent pour les chefs de gangs, mais aussi pour leurs avocats, greffiers, juges, gardiens de prison, police, coroner, journalistes, tous ca avec nos impôts! Et des travailleurs sociaux voudraient aller à la racine de ce mal si utile?

Les prisons privées pousseront comme des champignons à travers tout le pays (des jobs!), et leurs cellules seront rapidement occupées. Ce même secteur privé concevra de nouvelles façons de surveiller les citoyens. Big Brother n’espionne pas seulement votre ordinateur, il fera en sorte que les médias vous présentent des choix pré-approuvés. (Vous voulez votre voiture neuve rouge ou noire? Non, nous n’avons pas de voitures électriques, désolé madame!)

Comme les groupes sociaux et les scientifiques dissidents seront privés de subventions, le préjugérégnera incontesté. Le

s gouvernants seront au service des grandes entreprises, qui seules possèdent les ressources pour soutenir tous les Instituts-perroquets qui reflètent leurs préoccupations.

Vous vous ennuyez de l’époque soviétique? Des apparatchiks? De leur façon de réduire l’opposition au silence?

Votez pour la machine à voyager dans temps!

Bienvenue à Conservatopia!

Mashup of Conservative Party of Canada logo with Borg Insignia, Kenneth M. Kambara

Le pouding Conservateur

Le Pouding Conservateur!

Pendant que notre Premier Ministre chante une chanson des Beatles en commandant ses F-35, j’ai écrit  un air plus approprié (sur l’air du célèbre  Pouding à l’arsenic, du film Astérix et Cléopâtre).

Démocraties empoisonnées

Dans un grand bol d’électeurs
Délayez du bon bitume
Faites tiédir à la casserole
Un grand verre de pétrole

Oh, je vais en mettre trois!

Quelques gouttes de cigue
Des cadeaux pour les sangsues
dépossédons l’citoyen

– Donnons-lui du poivre en grains
– Non!
– Ah, bon

Émiettez les statistiques
les sciences le CRTC
quand nos préjugés suffisent
à construire une prison

– Oh, je vais en construire cinq !

Dans un petit plat à part
baisser les pensions des arts
à la valeur d’un dé à coudre

– Et un peu de sucre en poudre
– Non!
– Ah, bon.

Diluez l’enseignement
dans du venin du privé
pour adoucir le mélange
ajouter quelques millions

– Oh, je vais en mettre un seul

Décorez de fruits confits
Un beau lac artificiel
deux milliards pour le G-20

-Et un peu de répression
-Non… euh, ouiii !!!
-Ah, je savais bien que ça serait bon…

*

Le Pouding Conservateur
nous permet ce pronostic
en mai sur les bords du fleuve
que mangeront les crocodiles?

Pouding Conservateur: l'inquiétante conclusion

(cc) Savante folle 2011.   cc= creative Commons license

Pour le contexte, voir les articles  suivants:  ici, ici et ici. Et tiens, .

Eh oui, la savante se mouille! Étant à la fois scientifique et artiste, je n’aurais jamais cru qu’un jour un Premier Ministre ferait fi des deux! Jamais non plus un PM ne m’avait traitée (avec un grand nombre de personnes formidables qui contribuent à faire du Canada un pays avancé) de parasite social.

Artiste "du dimanche" en conserve

Je m’ennuie donc de Joe Clark…. Du temps où PC voulait dire Progressiste-Conservateur!