Nos habitudes systémiques

Quelqu’un a dit « systémique »? Cachez ce mot que je ne saurais voir!

Comme pour le sexisme systémique, le racisme systémique est nié avec force, comme si admettre l’existence d’un problème fragilisait les gens qui ne vivent pas avec. Comme si toutes les actes de racisme, de haine envers les noirs, ou les Premières Nations, provenaient seulement d’une pomme pourrie qui contaminerait les autres (plutôt efficace, cette contagion!)

Les voix qui protestent le plus fort que le racisme systémique n’existe pas proviennent de gens qui ne vivent pas quotidiennement cette oppression. À tous ces discours qui dénoncent une « victimisation » par un problème qui n’existerait pas, je réponds:

« Occupez-vous donc de vos oignons! »
 
Si le problème n’existe pas sur votre radar, tant mieux pour vous! Pas besoin de manifester en criant que vous faites pitié!

Restez les bras croisés et laissez les autres aux prises avec de sérieux problèmes travailler à les résoudre. Mais non, on dirait que c’est plus important de se sentir immaculé et sans blâme que d’admettre l’existence d’une situation d’injustice.
 

Allergiques au mot « systémique »?

J’ai un truc pour vous: lâchez le mot « systémique » et remplacez-le par le mot « habituel ».

C’est la somme de nos petites mesquineries, de nos habitudes, qui s’incrustent dans le quotidien, qui se cimentent dans des institutions… et des systèmes! Ce sont nos habitudes de pensées, nos réflexes, nos jugements et nos commentaires sur Internet qui s’empilent et se reflètent dans l’application des lois.

Le racisme systémique a des effets très, très concrets: se faire tuer/blesser par
la police, être ignoré-e, subir du harcèlement, se faire « white-splainer » son problème… Se faire arrêter pour des riens, se faire mettre en joue (« FREEZE! » avec le klik-klik du cran de sûreté, ça fait peur en si-vous-plaît quand ça vous arrive.)*

Si le mot « systémique » vous fait si peur, remplacez-le par « habituel ». Ce sont
nos habitudes mentales qui érigent des murs…

Je propose cet article en anglais, qui explique très bien ce qu’est un racisme intégré dans un système, aux EU. “Why has incarcerating black Americans been so lucrative since the moment the Civil War ended?” (Oui c’est un statut FB, mais avec des références historiques.) Et concernant le crime de, simplement, être pauvre, cet article du magazine Forbes qu’on ne peut pas accuser d’excès de conscience sociale: “Poor Americans can spend weeks or months in jail simply because they can’t afford to pay the price of a fee, fine, or bond.”

( Pour donner un exemple concret de sexisme systémique : regardez les gens au pouvoir en Chine, ou en Russie, ou aux USA… Ou, mieux encore, allez compter les commentaires sous les articles du Devoir quand ces articles concernent les femmes ou les noirs. Que des hommes, et qui en ont trrrrès long à dire! C’est une écrasante majorité pour les rares femmes qui osent intervenir. On voit tout de suite une inégalité systématique… dans le temps libre dont on dispose! )
 

La tache de ketchup sur la cravate

 Si je dis: « t’as une tache de ketchup sur la cravate » ça ne veut pas dire que je n’aime pas les cravates! Il faut juste nettoyer la tache.

Si tu veux garder la tache, ou en montrer de la fierté, ou jouer les martyrs de la sainte cravate, c’est UN choix. Le choix d’ignorer la tache, de vous proclamer sans blâme, c’est celui d’ignorer les ennuis, le harcèlement que d’autres subissent pour le péché d’être différent de vous. Pour eux et elles, ce n’est plus du ketchup qui coule mais du sang, et de la confiance, une goutte à la fois.

Ça vaut pour le sexisme et les réflexes anti LGBT+. Les choix de sexe (aujourd’hui on peut changer!), de genre (on peut être non-binaire!) ou d’orientation sexuelle (ou non, on peut même être chaste!) sont comme des manteaux de différentes couleurs.

Sous le manteau, il y a des personnes, qui cherchent le bonheur autant que toi.

*

Pendant ce temps…

Les carpes asiatiques arrivent! Les carpes asiatiques arrivent!


Et pendant ce temps, les problèmes environnementaux ne laissent pas de répit.
Comme décrite dans mon roman Le projet Ithuriel de 2012, les carpes asiatiques poursuivent leur avance dans nos eaux, et tassent les espèces indigènes de la même façon que les arrivants blancs ont jadis « tassé » les nations autochtones. Les Premières Nations qu’on connait si mal. Cette méconnaissance favorise leur oppression systématisée, les violences envers les femmes autochtones qui laissent indifférent ceux qui siègent au sommet de la pyramide sociale.  Tiens, encore du systémique…

Il y a aussi des gens dans cette histoire d’anticipation sociale…

* Arrivé à yours truly autour de 1984. Debout sur le balcon de mes parents en soirée, braquée par trois agents. Il a fallu que je lève les mains très len-te-ment, et que j’explique que c’est moi qui les avais appelés pour un vol survenu chez des voisins (la vitre cassée, entrée par effraction très claire). Il faisait sombre. Je continue de penser que si j’avais eu la peau noire, je ne serais p’tête pas ici pour en parler…

2 réponses à “Nos habitudes systémiques

  1. on pourrais pas dire le contraire

  2. Clair, précis et éclairant. Merci Michèle de mettre des mots précis et clairs sur ce qu’on voit passer un peu trop souvent dans la presse et les réseaux sociaux, ici ou ailleurs.

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