Le Deadline du vendredi 13

Une aventure hivernale de Michèle l’écrivaine enthousiaste

Ce jeudi 12 janvier, MICHÈLE apprenait avec stupeur l’existence d’un prix de BD

a) dont elle ignorait tout,

b) auquel, joie, elle est é-li-gi-ble.

c) car il faut dire que ça faisait environ 12 ans qu’elle n’a pas sorti d’album de BD

Or, tiens, justement elle vient de sortir la version anglaise de Maîtresse des vents. Donc, le temps de réunir toutes les affaires, de refaire son CV de dessinatrice, de relire les catégories… et faire ses autres jobs, on est rendu jeudi soir. Et là, le site de formulaire se révolte : notre auteure tente en vain de loader ses fichiers PDF, sa bio ne passe pas!!

Re-fait l’opération, re-tente le formulaire, en plus avec le lien pour payer, aye-aye-aye!

Heureusement, elle contacte le gentil organisateur qui conseille de fermer et rouvrir le site. MICHÈLE applique le conseil, toujours rien, et un rien de panique commence à frémir au fond de son estomac. Enfin, elle décide de laisser faire Chrome et se se pitcher dans Edge (électroniquement parlant bien sûr).

Et là, enfin, enfin! Le formulaire charge, et notre autrice reçoit par courriel sa confirmation.

Ne reste qu’à envoyer les exemplaires physiques de la BD. Or, pour trois livres dans deux catégories, ça fait 6 livres, et c’est beaucoup pour sa petite maison d’édition. Heureusement, les organisateurs ont fait une fleur aux petits éditeurs en leur permettant un livre par catégorie, du moment qu’ils ont un fichier PDF à fournir. Et MICHÈLE, justement, en a un, sauf qu’un PDF de bande dessinée, c’est lourd en si-vous-plaît!

73 joyeux megs plus tard, MICHÈLE a emballé deux livres et pesé son paquet. Son Kanuk de 1985 su’le dos et sa tuque 99 sur la tête, elle part vers le bureau de poste, empruntant le véhicule aventureux (et parfois invisible dans un stationnement).

Une belle neige tombe et l’asphatte est une patinoire, mais rien n’arrête notre écrivaine au volant de sa Ford C Max hybride! Deux kilomètres plus loin, elle se stationne devant la Pharmacie qui abrite le bureau de poste.

Résistant à toutes les tentations chocolatées qui s’entassent sur les étagères de métal blanc à l’approche de la St-Valentin (laquelle sera dans un petit mois), MICHÈLE, paquet sous le bras, fonce au fond de la grosse pharmacie.

Elle s’attend à une longue file en ce dernier jour de la semaine… Mais ô surprise, les deux préposées aux postes sont libres!

Dare-dare, MICHÈLE dépose son petit paquet sur le comptoir avec le sentiment de l’athlète qui franchit le fil d’arrivée du marathon de Toronto (marathon que notre écrivaine enthousiaste parcourut, en prenant au moins le double du temps du meilleur coureur.) La grosse horloge antique à chiffres arabes sur le mur indique qu’il reste encore 20 minutes de temps avant la fermeture.

La sympathique dame des postes dépose le petit paquet sur la balance pour le peser. MICHÈLE sort sa carte de ptite entreprise de Postes Canada qui lui donne un rabais microscopique, avec le code barre idoine (c’est beau le vocabulaire…)

La dame des postes (en fait il y en a deux en uniforme, mais j’ai parlé juste à une) sort son lecteur, pis un petit laser lit le code barre de la carte de fidélité.

Technologie salvatrice! s’écrie intérieurement MICHÈLE.

#TechnologieSalvatrice  #MichèleQuiPasseUnTitreDeBDMineDeRien

Tape, tape, fait la dame des postes.

(rien)

Reprend le lecteur, relit la carte.

— Ah ben, le système ne peut pas la lire, dit-elle, en anglais (car on est en Ontario, donc les employé-es s’adressent à la clientèle dans la langue de Shakespeare et de la majorité par défaut, pas comme les employés du Eaton au Québec dans les année 1970 qui le faisaient par nostalgie de la fière Albion.)

Bon, il y a deux caisses, donc la dame essaie de lire le poids sur la balance de l’autre employée, une plus jeune qui recule pour faire de la place. Une chance qu’il n’y a personne qui attend derrière notre écrivaine.

Tape, tape, refait la dame des postes.

(rien)

La deuxième machine demeure muette.

La dame des postes regarde MICHÈLE d’un air désolé.

– Notre système est down. On ne peut pas peser votre paquet!

Maudite électronique, s’écrie intérieurement MICHÈLE. Ou serait-ce l’effet délétère du vendredi 13 (à lire avec un petit écho sinistre). #LaFauteAuVendredi13

MICHÈLE imagine le pire: deux machines bloquées, pas capable d’expédier le paquet avant la fermeture. Concours kaput. Une demi-journée de gossage de CV et d’ordi à la poubelle.

Pendant ce temps, la grosse horloge à chiffres arabes au-dessus du comptoir fait TIC-TAC dans sa tête (passque toute est électrique aujourd’hui, c’est un effet purement psychologique, tout comme les grosses gouttes de sueur qui perlent sur son front, alors que dehors le mercure plonge sous les dix degrés Celsius)

Alors que tout semble perdu, MICHÈLE sent une idée poindre sous sa tuque Wayne Gretzky 99. (L’ancienne gloire du la LNH a son vignoble près de Niagara et fait du vin, de la bière, du whisky… pis vend des produits promo made in China dont un sur la tête de notre vaine écrivaine.)

Après tout, n’avait-elle pas pesé son paquet juste avant de partir, à l’aide de sa balance de précision, élément essentiel de l’équipement d’une auteure indépendante? Elle s’adresse à la dame des postes d’un ton hardi mais poli, car les dames des postes reçoivent souvent les débordement d’impatience des clients stressés.

– Je connais le poids du paquet. Alors j’vais vous acheter les timbres qu’il faut pour l’expédier. Et je peux payer cash, ajoute-t-elle, se rappelant l’équation électronique en panne égale pas de crédit.

Et MICHÈLE de sortir des vraies piasses de sa poche, en se disant que bientôt on ne reverra plus Élisabeth II sur ces billets de vingt…

Soudain, un bzit victorieux retentit : la première machine fonctionne et vient de peser mon paquet! Joie, on pèse le paquet, en plein le poids que je savais, et on l’envoie. Pas cher, les BD sont vraiment un petit format.

#BzitVictorieux

MICHÈLE jette un coup d’œil rassuré sur la grosse horloge murale à chiffres arabes et remercie pro-fu-sé-ment les deux dames des postes pour leurs héroiques efforts.

Enfin, MICHÈLE repart non sans lorgner ses friandises favorites au passage, des grignotines Prana au noix, fruits secs et chocolat noir. Mais comme cette pharmacie a récemment remplacé toutes ses caisses du devant par des machines automatiques qui annoncent à cent décibels Thank you for buying here, notre vaine écrivaine sort, le coeur léger.

Et rentre à la maison, en faisant très attention because : vendredi 13, heureusement, pas d’échelle ni de chat noir en vue.

Une neige féérique tombe sur le paysage suburbain et la petite Ford C-Max qui vient de se faire remplacer un essuie-glace, fwip-fwip; des flocons doux et soyeux, des peaux de lapin disaient les anciens, de la marde blanche dit le mari de MICHÈLE qui aura à la pelleter tout à l’heure.

Mais pour le moment, tout est beau et paisible et nous quittons ce conte hivernal sur la pointe des bottes.

FIN

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